Avec quatre titres de
champion de France (dont un acquis au mois de juillet dernier)
et quatre titres de champion d'Europe à son actif, Didier
Piter est depuis dix ans le meilleur ambassadeur du surf
europeen à travers le monde. Il a su prouver grâce à sa hargne
et à sa motivation que la France est, elle aussi, une grande
nation du surf (5éme au rang mondial). Entretien avec un
professionnel enthousiaste et passionné.
"Grâce à Internet
je communique énormément. J'ai totalement
adopté cet outil et j'avoue ne plus pouvoir
m'en passer. Je reçois et j'envoie des
mails constamment avec le monde entier. Je me
branche beaucoup quand je suis en voyage. Mon
ordinateur portable ne me quitte pas et
j'en profite également pour surfer sur des
sites pour voir l'état des vagues dans les
différents pays."
LIENS E-MAIL :
piter71@aol.com
Dakar-Paris
" J'ai grandi au Sénégal. Le
surf était alors un sport inconnu sauf pour une
poignée de français, installé là-bas. Un jour,
mon frère a essayé et j'ai complètement
flashé dessus. Je m'y suis mis à mon tour,
je devais avoir douze ans. J'ai
d'abord récupéré la vieille planche de mon
frère.
A 18
ans, et une fois le bac en poche, j'ai
quitté le Sénégal pour suivre des études de
commerce international à Paris. Pour moi, qui
avait toujours vécu au Sénégal, le changement a
été radical.
Dans ma dernière année d'étude
était inclus un stage à l'étranger.
J'avais le choix entre l'Australie et
la Californie. J'ai opté pour San Diego, en
Californie, car j'y avais des contacts. En
fait, quelques années auparavant j'avais
fait la connaissance de Rob Machado (un des
meilleurs surfeurs mondiaux) et de sa famille
lors d'une competition et le courant était
bien passé. Ils m'ont donc hébergé pendant
cinq mois."
Les compétitions
" Opter
pour une carrière pro s'inscrivait
totalement dans mon caractère. J'ai
toujours besoin de me fixer des challenges et de
me surpasser. Les compétitions sont un bon moyen
de progresser. Sans elles, j'ai tendance à
penser que l'on stagne. L'esprit de
compétition me plait car je suis un gagneur.
A la pire
époque, j'enchainais une trentaine de
compét' dans une année. Maintenant, je me
suis calmé. Je pense avoir trouvé mon équilibre.
Je n'en fait plus qu'une douzaine par
an. Je surf davantage pour le plaisir. Je suis
inscrit pour l'EPSA, pour la Triple Crown à
Hawaii, je suis invité au Tahiti Pro et je vais
participer aux étapes WQS cet été, en France.
Avant
j'étais très souvent parti. Maintenant, je
ne pars que trois mois dans l'année, et en
plusieurs fois, ce qui me permet de rester le
plus souvent possible chez moi.
Le but de ma carrière était de me
faire plaisir tout en progressant. Je me rends
compte que mon sentiment sur le surf n'a
pas changé, je prend toujours autant de plaisir.
La passion est fondamentale pour
réussir."
L'esprit du surf
" Je
pense qu'il manque aux surfers français un
certain état d'esprit. En France, même si
techniquement nous sommes au point, il nous
manque de la consistance et de l'expérience
pour arriver au meilleur niveau. Mais tout cela
est en train de changer. La notion de voyage
est très importante pour pouvoir se confronter
aux autres. La nouvelle génération à cette
chance. De plus, elle est avertit.
Nous sommes reconnus et
respectés même à Hawaii. Les choses se mettent
en place petit à petit. Partout où je vais, je
me rends compte que les surfers français sont
bien perçus. Pour cela, nous avons de bons
ambassadeurs comme Fred Robin, Micki Picon,
Laurent Pujol.
Avec les autres surfers, j'ai de
bons rapports. Nous formons une petite
communauté. Je respecte tout le monde. Mais, en
compétition, j'ai tendance à me refermer
sur moi-même pour pouvoir atteindre mes
objectifs. Cela ne m'empêche pas pour
autant de faire la fête, les surfers sont avant
tout des bons vivants.
Ce que je préfère dans
mon style de vie ce sont les voyages. Prendre
des vagues avec des amis à l'autre bout du
monde. J'aime le côté exotique. C'est
la magie du surf."
La magie tahitienne
" Ce qui me plaît dans le surf
c'est la mobilité, la glisse, le fait de se
déplacer en mouvement sur un élément liquide.
J'ai la sensation de flotter. Pour moi,
être au contact de l'eau c'est
naturel, je m'y sens bien.
Tahiti est mon endroit préféré pour
la puissance des vagues. Dakar, pour le côté
affectif, reste aussi un endroit privilégié dans
mon coeur. Mon meilleur trip reste cependant
Tahiti et à n'importe quel moment. Là-bas,
c'est avant tout la notion de climat qui
prime. Les conditions sont tellement parfaites
que tu te sens dans l'élément. Tu ressens
la sensation, tu es bien dans l'eau, il
n'y a rien d'hostile. Tu es prédisposé
à bien surfer. C'est un endroit unique sur
Terre. L'eau est turquoise, la forme des
vagues est parfaite et il n'y a pas trop de
vent car il y a un anticyclone en permanence au
dessus de l'île. La houle vient donc de
loin, c'est très propre. Le corail
n'est pas très dérangeant et puis le but
est de jouer sans se faire mal.
Tu vis ta vie en fonction du soleil.
Tu te lèves à 4h du matin en même temps que les
coqs. Tu es en fait obligé de vivre à la
tahitienne. Tahiti, pour moi c'est le
"mana" (esprit positif). Je me verrais
bien aller y vivre plus tard."
Planches et sponsors
"
Avec Jean-Pierre Stark, mon shaper, nous
travaillons en pleine synergie. Notre
collaboration ressemble à une lutte car nous
devons trouver le moyen de réaliser les planches
dont j'ai besoin. Nous sommes toujours en
alerte. Lui s'occupe du côté technique moi
j'essaie de lui faire comprendre ce que je
recherche. Par an, j'utilise une vingtaine
de planche. Je dois toujours en avoir en réserve
car à Hawaii par exemple, elle se casse
facilement. C'est très fragile.
Mes sponsors financent mes
voyages. Je suis liés à Gotcha, Oakley et à
Victory. Gotcha m'habille depuis 7 ans et
en contre partie ils utilisent mon image pour
des films et des photos publicitaires. Depuis 10
ans, je regarde le monde à travers les lunettes
Oakley. Pour les combinaisons, c'est
Victory qui m'habille et là aussi ils
utilisent mon image. Les sponsors me permettent
de vivre ma passion à fond. Nous vivons comme
des rois sans l'argent des
rois.
Depuis peu, je
travaille pour le team Gotcha. Cela équivaut à
un mi-temps. Je m'occupe du marketing et de
la promotion. Pour moi, c'est une suite
logique. Je ne me vois pas faire autre
chose.
A la
fin des années 80, il est en plein boom. Tout le
monde a pu découvrir ce sport et il y a dix fois
plus de participants. Il y a encore du travail
certes mais depuis quelques années le surf a
pris un tournant beaucoup plus professionnel. Il
y a désormais un véritable enjeu économique.
Cela permet au surf ce progresser. Nous sommes
également mieux équipé. Le surf est devenu plus
abordable."