Serge Beucherie aborde Paris-Tours, dimanche, de façon très spéciale puisque son équipe, dont le sponsor se retire du cyclisme, dispute sa dernière course. Le directeur sportif du Crédit Agricole affirme néanmoins que ses coureurs s'élancent pour gagner «pour eux et pour nous». Il ne cache pas que l'émotion l'envahira, lui et Roger Legeay, au terme de l'ultime rendez-vous d'une formation qu'il chérit sincèrement parce qu'elle avait «une âme» et dont il espère qu'elle ressurgira sous une autre forme en 2010.
«Serge Beucherie, quelle est votre stratégie pour ce Paris-Tours ?
On y va pour gagner. Historiquement, il y a toujours eu dans cette course une échappée qui part de bonne heure, ou des bordures. Je pense que l'on a une équipe qui peut parfaitement coller à ce type de course. On a à cet égard des garçons comme Hivert, Rasch, Lemoine ou Talabardon, voire Hinault ou Bonnet s'il y a une grosse échappée, qui peuvent faire éclater la course. Alors, soit on loupe l'échappée et l'on a du monde pour rouler, soit on est dedans et tant mieux pour nous. Sinon, pour l'avenue de Grammont, on a une fusée à trois étages avec William Bonnet, Sébastien Hinault et surtout Mark Renshaw, qui est le sprinteur de l'équipe.
Donc, vous n'avez pas de scénario préférentiel ?
Celui qui gagnera dimanche aura eu raison ! Il faut que notre équipe soit présente du premier au dernier kilomètre. On modifiera naturellement notre stratégie en fonction des événements.
C'est la dernière course du Crédit Agricole. Qu'avez-vous envie de dire ?
C'est la disparition de la plus vieille équipe française, de la plus ancienne plutôt, du circuit international. Cela fait mal au coeur ! On a la satisfaction que tous nos coureurs ou presque, ont retrouvé un contrat. Cela veut dire que c'était des coureurs et une équipe de qualité. Et qu'on avait vraiment fait un très gros travail. Il y avait une réelle ambiance au sein du groupe, une âme même. On avait l'une des meilleures équipes du monde, la sixième du Protour, quatrième en terme de victoires cette saison (31, dont deux dans le Tour et une dans la Vuelta), ce qui est exceptionnel. Ça fait mal de s'arrêter. Ça fait 22 ans que je travaille avec Roger (Legeay), avec Michel Laurent. Ceci dit, c'est l'arrêt du Crédit Agricole, un très grand sponsor. Mais la vie ne s'arrête pas là . Avec Roger et Michel, on a le projet de reconstruire pour 2010 car on sait que l'an prochain on ne sera plus sur le circuit international. On sera tous trois présents comme observateurs, mais sans équipe. On ne baisse pas les bras. Roger continue à travailler pour remonter quelque chose en 2010. Peut-être qu'un jour on retrouvera des Hushovd, des Roche, des Rolland, des Renshaw, qui reviendront - qui sait - peut-être chez nous. On est motivés en tout cas.
Avez-vous en dehors de vos coureurs des favoris pour ce Paris-Tours ?
Ça peut être un baroudeur, un Guesdon par exemple, ou un grand sprinter, mais là je ne peux pas tous les citer. Mais j'espère que si c'est le cas, ce soit Renshaw ou Hinault ou n'importe lequel d'entre nous.
Que ressentirez-vous dans les derniers kilomètres ?
Pour nous, ça va être de toute manière un grand moment d'émotion avec Roger. Car il va suivre cette dernière course avec moi, dans la voiture. Quand on va entrer dans la dérivation finale des directeurs sportifs, ça va être un grand moment d'émotion. Croyez-moi, pour toutes ces raisons, nos coureurs la veulent cette course ! Parce que encore une fois, il y a une âme dans cette équipe. Et pour eux, et pour nous, ils veulent la gagner !»
Propos recueillis par Philippe VERNEAUX.

