LA TRIPLE DEFAITE DE LYON
Par Cédric ROUQUETTE

Au moins, cette année, il n'y aura pas d'excuse, pas de regret digne de ce nom, pas de rage attisée par un scénario trop malchanceux, pas de penalty oublié. Juste des remords, ceux d'être passé à côté, et pas qu'à moitié. Lyon a quitté la Ligue des champions plus tôt qu'il ne l'a jamais fait depuis l'automne 2002, époque où il ne passait pas la première phase, en concédant à l'AS Roma une défaite en forme de KO (0-2). Une soirée terrible, autant que sera longue une fin de saison balisée par onze matches de L1 et une finale de Coupe de la Ligue contre Bordeaux. C'est une triple défaite. Un : Lyon a perdu à Gerland en étant inférieur à son adversaire comme il ne l'a pas été depuis très, très longtemps. Sa dernière défaite européenne à Gerland remontait justement à 2002, contre l'Ajax (0-2). Deux : le club français échoue de façon spectaculaire dans la compétition dont il rêve à voix haute depuis des années, dont il fut un beau quart de finaliste entre 2004 et 2006, en donnant cette fois l'impression d'avoir été très loin du compte, et pour tout dire au sommet de son art trop tôt dans la compétition. Trois : dans l'attitude, l'OL n'a pas donné une image terrible de lui-même. Quelques gestes, comme le coup de coude grossier de Fred sur Chivu (80e, nez cassé pour le Roumain), discréditent à eux seuls tous les discours du club sur l'arbitrage discutable du match aller et les moyens déloyaux prêtés jusqu'ici aux Romains.
Avant d'y voir clair sur les causes d'un échec lyonnais que les deux dernières semaines ne chroniquaient plus, ce huitième de finale est avant tout la réussite insolente d'une équipe terriblement séduisante, mardi à Gerland. Pour atteindre son premier quart de finale depuis sa finale perdue chez elle en 1984, l'AS Roma a récité une leçon de maîtrise collective qui a d'abord empêché Lyon d'être lui-même. Sa première période fut un chef d'oeuvre, marquée par deux buts superbes. Totti signa le premier (22e), isolé pour reprendre de la tête un centre de Tonetto permis par un beau renversement de jeu. Le deuxième (44e), inscrit par Mancini après une circulation aussi fluide, fut ponctué par six passements de jambes supersoniques devant Réveillère, puis une frappe imparable. Entre-temps, deux buts tout faits refusés pour des hors-jeu discutables (De Rossi 6e, Perrotta 33e), et une maîtrise technique épatante contre une équipe habituée à lessiver ses adversaires européens. Or 2-0, c'était peu cher payé.
La seconde période ressembla à un quitte-ou-double avec, à partir de la 68e minute, seulement trois défenseurs lyonnais, impatients dans le rond central pour soutenir une équipe équipée de deux pointes (Fred et Benzéma) et le duo Malouda - Govou. Lyon se procura bien des occasions, mais ne créa jamais de vrais décalages face à une équipe démoralisante de lucidité. Les situations dangereuses de la deuxième période ressemblaient à celles de la première : des frappes lointaines ou des coups francs excentrés non cadrés (Juninho 54e, Malouda 63e, Benzéma 75e), arrêtés par l'excellent Doni (Squillaci 39e, Juninho 51e), ou des têtes sans relief (Govou 11e, Juninho 15e). Des actions au courage. Il en faudra beaucoup à Lyon pour surmonter cette terrible désillusion et éviter la dispersion qui gâcherait la promesse d'un sixième titre de champion de France consécutif. Ce serait du jamais-vu dans les grandes ligues européenes. Ce serait au moins ça de pris comme performance continentale. Lyon en visait une autre. Avec des grandes oreilles.














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