SI LE BRÉSIL AVAIT DES LIMITES...
Par la rubrique football de L'Equipe.fr (le 9 mai)

Version 1970 ou version 1982 ?
C'est une plaisanterie de Raymond Domenech : il faudrait jouer la Coupe du monde à 31 équipes, finir le tournoi, et donner le trophée au Brésil à la fin. Puisque c'est écrit. Puisque tout le monde le dit : ce Brésil-là n'a pas de rival. Ce 4-4-2 avec Kakà - Ronaldinho - Ronaldo et Adriano percera toutes les défenses. Ce Brésil est-il le meilleur Brésil de l'histoire, supérieur à celui de 1970 comme l'a suggéré Pelé ? C'est la question que le pays se pose avant même le match d'ouverture. Archi-favori du tournoi dont il est le champion en titre, le Brésil a tout gagné depuis 2002 : Copa America 2004 et Coupe des confédérations 2005. Il tentera en Allemagne un quadruplé inédit dans l'histoire. Il avait été raté en 2002 par... la France championne d'Europe. Ce précédent, qui échappe encore à l'entendement au-delà de nos frontières, encourage au moins les trente-et-un adversaires du Brésil à nier la fatalité. Le Brésil est fort mais il est humain. Alors...
«A chaque fois que nous avons été désignés favoris, nous avons perdu. C'est arrivé en 1950 contre l'Uruguay et en 1982 contre l'Italie.» L'avertissement est signé Pelé, qui a vécu directement un autre traumatisme, celui de 1966, quand la Seleçao se fracassa presque aussi violemment que les Bleus en 2002. «Le Brésil avait été champion du monde en 1958 et 1962, rappelait-il dans France Football l'année dernière. Nous sommes arrivés en Angleterre en pensant que le premier tour ne nous poserait pas trop de problèmes, mais nous n'étions pas aussi bien préparés que d'habitude, tout s'est mal enchaîné, j'ai été blessé et on est vite rentrés à la maison.» Fier de son passé, le Brésil sait devoir éviter un autre écueil : rejoindre l'équipe de 1982 sous l'étiquette de «merveilleuse formation restée dans l'histoire comme celle qui n'a pas gagné de Coupe du monde (Ronaldinho).» La fabuleuse équipe de Tele Santana, emmenée par Zico, Falcao, Socrates, Junior ou Cerezo, avait confirmé que le titre mondial ne pouvait pas lui échapper au cours de ses quatre premiers matches, dont une victoire brillante contre l'Argentine (3-1). L'Italie, conduite ce jour-là par un Paolo Rossi auteur de trois buts en un peu plus d'une heure, finit par battre le Brésil (3-2), auquel un nul suffisait. Les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets : être opposé, le mauvais jour, à l'équipe ou au joueur en état de grâce, et ne pas avoir le geste juste sur tous les contres adverses.
Parreira : «Très risqué mais assumé»
Le Brésil de 2006 est cousin de celui de 2002 sur sa politique générale : un jeu «très risqué en terme d'équilibre attaque-défense, mais assumé, comme l'a reconnu Parreira dans L'Equipe il y a un an. Pour nous, le foot c'est ça : de la joie et de la beauté.» C'est dans ce romantisme et ses extensions technico-tactiques que se trouve peut-être la limite du Brésil. Il lui permet de beaucoup marquer (27 fois sur ses 30 derniers matches) mais ne l'empêche pas d'être vulnérable (17 buts encaissés en 18 matches éliminatoires, 5 en autant de matches de Coupe des confédérations). Parreira, qui s'agace toujours des louanges reçues, le sait. «Nous pratiquons un 4-2-2-2 prenant l'adversaire très haut. (...) La perte du ballon exige chez nous une action immédiate concernant l'occupation d'un certain espace. Si nos quatre attaquants potentiels ne jouent pas la même partition, nous sommes très vulnérables.» Sur les côtés notamment : le premier travail défensif appartient à Kakà et Ronaldinho, deux hommes attirés par l'axe et peu défenseurs dans l'âme. Il revient ensuite à Cafu et Roberto Carlos, deux ailiers de tempérament qui «ne peuvent plus assurer autant de navettes offensives qu'autrefois.»
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