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COUPE DU MONDE 2006

La Côte-d'Ivoire (groupe C)

Présentation des équipes en lice (1/32)
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UNITÉ ET RÉUSSITE, À TOUT PRIX
Par Cédric ROUQUETTE (Le 19 janvier 2006)

La première qualification de l'histoire de la Côte-d'Ivoire intervient à une période dramatique de l'histoire du pays. Conscients de l'impact démesuré de leur parcours, les joueurs ivoiriens aimeraient se contenter de parler football, et prouver qu'ils sont devenus les meilleurs du continent.
 
Aruna et Drogba : un duo symbole. (L'Equipe)

Le dernier rempart contre le déchirement national

Il était dans l'air, l'été dernier, que la Côte d'Ivoire était devenue la meilleure équipe d'Afrique, et cela agaçait profondément son sélectionneur Henri Michel. «Je me tue à expliquer le contraire aux joueurs : ce ne seront que des mots tant qu'on ne l'aura pas prouvé sur le terrain» éructait alors le sélectionneur français. Les événements devaient lui donner raison. Le séduisant attelage comprenant l'avant-centre de Chelsea (Drogba), deux joueurs d'Arsenal et une ribambelle de bons techniciens de la L1 (Kalou en tête) dut finalement sa première qualification pour la Coupe du monde à un échec terrible du Cameroun contre l'Egypte (1-1), plutôt qu'à son propre parcours, honorable jusqu'ici, mais gâché par une déroute contre le Cameroun à Abidjan (2-3). Ce 4 septembre où il fallait composter le billet avec panache, les Ivoiriens ont touché le fond en matière d'expression collective. Notre consultant Angel Marcos, complice de Henri Michel à Nantes au cours des années 70, avait eu cette analyse sans ambiguïté après la défaite du mois d'août face aux Bleus (0-3), issue des mêmes lacunes : «De bons joueurs, mais parés des défauts des équipes africaines à l'ancienne : beaucoup de talent, de technicité, mais aussi de gestes inutiles, un peu de chacun pour soi et un gardien très moyen.»

Ce soir-là, les Ivoiriens avaient pensé à faire du match une vitrine. Ils avaient pensé à eux, pour une fois, lassés sans doute d'une mission qui dépasse largement le strict cadre footballistique. Le retour de la Côte d'Ivoire parmi les grands du continent, treize ans après le titre de champion d'Afrique de la génération Tiéhi, coïncide avec une contexte politique extrêmement difficile. Depuis septembre 2002, une guerre civile meurtrière ou latente, selon les périodes, déchire la Côte-d'Ivoire entre les "rebelles" du Nord et les "patriotes" - loyaux avec le président Gbagbo - au Sud. L'idée reçue, dont il faut admettre la réalité, est que la réussite de la sélection est le dernier ciment du pays. La trêve observée en octobre 2005 à la date théorique des élections (*) devait tout à la qualification du pays pour la Coupe du monde, qui avait été suivie d'un message télévisé des joueurs. «L'avenir de la Côte d'Ivoire dépendait de nos résultats, et ça ce n'est jamais bon, a reconnu Didier Drogba dans "L'Equipe". Tous les internationaux, quelle que soit leur ethnie ou leur religion, ont clamé que la sélection était un symbole de fraternité et de paix.» Mais, précise la star de Chelsea, devenue divinité au pays, «à un moment donné, chacun doit prendre ses responsabilités politiques : la donner à des footballeurs me fait un peu peur». Car leur situation est un priviège lourd, qui expose aussi au risque de récupération.

La CAN, « compétition de tous les dangers »

Il sera pourtant difficile aux Éléphants d'échapper à leur rôle social. L'association Drogba - Dindane en pointe, par exemple, est encore perçue comme un duo entre «le Bété chrétien qui a grandi en France et le Djoula musulman qui a découvert l'Europe à 19 ans», selon l'ex-Marseillais, alors que la Côte d'Ivoire pourrait être perçue d'un strict point de vue sportif comme l'association heureuse de joueurs jeunes et techniques issus de l'Académie Jean-Marc Guillou, d'autres issus des grands championnats européens, et d'un environnement parmi les plus professionnalisés d'Afrique. Henri Michel, qui avait parlé de «désastre» au moment où les combats faisaient rage, et qui a dû renoncer à s'installer au pays, ne souhaite rien d'autre que tirer le maximum d'un groupe bien pourvu sur toutes les lignes, but excepté.

Il aimerait aussi profiter de la Coupe d'Afrique des Nations, qui débute vendredi, pour améliorer l'expression collective de son équipe avant la Coupe du monde. Un bon nul contre l'Italie (1-1) et une victoire devant la Roumanie (2-1) cet automne ont participé à cette reconstruction. Elle risque cependant d'être inaboutie, tant la CAN est un objectif en soi, qui pourrait lui faire perdre sa place en cas d'échec patent. «Il y a trop de pression pour faire de la CAN un galop d'essai avant le Mondial, avait-il prédit en octobre. Selon le résultat, l'accueil des supporters et les retombées médiatiques sont très positifs soit une catastrophe. C'est la compétition de tous les dangers car cela prend des proportions énormes, en Afrique.» Il aurait pu ajouter que l'heure de s'attribuer le titre de meilleure équipe du continent était venue. Pour de bon.

* L'élection présidentielle du 30 octobre 2005 n'a pas eu lieu et a été reportée pour 2006. Le mandat de Laurent Gbagbo a été prolongé d'un an et assorti de garde-fous destinés à limiter sa marge de manoeuvre. Le gouvernement ivoirien est épaulé par un Groupe international de travail (GIT) chargé d'assurer la transition.

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