L'OMBRE DES AÎNÉS
Par Anthony THOMAS (le 4 mai)

L'équipe de la diaspora
Etrange paradoxe pour un pays indépendant depuis 1991 et dont la sélection n'a qu'une quinzaine d'années d'existence : les supporters croates vivent déjà dans la nostalgie d'une génération en or. Dès leur première participation en Coupe du monde en 1998, l'équipe emmenée notamment par Davor Suker et Zvonimir Boban, atteignait les demi-finales, faisant trembler la France (1-2), et décrochait finalement la troisième place contre les Pays-Bas (2-1). Si la même ossature s'est révélée décevante quatre années plus tard, les joueurs de cette épopée fondatrice ont, depuis, atteint le statut des légendes nationales. Très difficile pour le sélectionneur Zlatko Kranjkar d'aligner une équipe qui puisse rivaliser avec la technique et la créativité de cette devancière.
Pour composer son groupe, le technicien croate a su intelligemment élargir son horizon hors du vivier du Championnat national. Si, en 1998, la majorité des internationaux au maillot à damier avaient fait leurs classes dans le dense championnat yougoslave, la nouvelle génération serait plutôt celle de la diaspora. Les frères Kovac, Niko et Robert, piliers de l'arrière-garde, sont nés en Allemagne, tout comme l'attaquant Ivan Klasnic. La sélection compte également un gros contingent arrivé d'Australie, dont sont originaires le gardien remplaçant Joseph Didulica, le milieu Anthony Seric et le défenseur Josip Simunic. Autre aspect de cette ouverture, la plupart des titulaires évoluent dans des clubs étrangers, même s'ils y sont réduits à tenir des seconds rôles. Arrivé du Bayern Munich en début de saison, Robert Kovac assure seulement des intérims à la Juventus. Si l'attaquant Dado Prso enfile les buts comme des perles aux Glasgow Rangers (32 depuis son arrivée il y a vingt mois), il profite des faiblesses du Championnat écossais. En l'absence de grands joueurs, le sélectionneur a décroché son billet pour l'Allemagne par une organisation des plus rigoureuses et un système qui densifie le milieu.
L'espoir Niko Kranjcar
La pierre angulaire de cette formation n'est autre que son propre fils Niko. Rare joueur évoluant encore au pays, le jeune meneur de l'Hajduk Split a dû faire taire les critiques qui attribuait sa sélection à ce lien de parenté. Ses prestations solides, notamment dans les matches les plus prestigieux (un but contre le Brésil, une passe décisive face à l'Argentine), lui ont valu des comparaisons avec Robert Prosinecki et Zvonimir Boban. Le 3-5-2 de l'équipe est fait pour lui, avec deux récupérateurs qui le libèrent des tâches défensives. Dans les couloirs, Marko Babic et Dario Srna présentent un profil plutôt offensif, privilégiant les débordements de purs ailiers au replacement en défense. Ce dernier a d'ailleurs conclu la phase de qualification avec 4 buts à son compteur, à une longueur de l'avant-centre Dado Prso. S'il a toujours du mal à éclipser Davor Suker, meilleur buteur de la Coupe du monde en France (6 buts), l'ancien Monégasque bénéficie d'un physique précieux et d'un jeu de tête précis et puissant.
En Allemagne, la Croatie pourra légitimement ambitionner la qualification pour le second tour, dans un groupe F où le Brésil sera le grandissime favori. Face au Japon et à l'Australie, les Croates devront oublier les errements qui leur ont coûté des frayeurs en qualification. Les Vatreni y ont parfois balbutié leur football comme lors du décevant match nul ramené de Malte (1-1). En juin, ils auront sûrement en mémoire les deux "finales" de la poule remportées contre la Suède (1-0 à l'aller et au retour) et les prestations convaincantes en amical contre le Brésil (1-1) et l'Argentine (3-2). Plus convaincantes assurément que les défaites contre le Portugal en novembre et contre la Corée du Sud en janvier, sur le même score (0-2). Ce revers pourrait servir d'avertissement afin de ne pas prendre à la légère le Japon de Zico. Lors de leur dernière confontration, les Croates s'étaient imposés difficilement (1-0). C'était en juin 1998, à Nantes, déjà en Coupe du monde. Les hommes de Blazevic avaient ensuite poursuivi leur parcours jusqu'en demi-finale.














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