COMME UNE MALÉDICTION
Par Abel FERNANDEZ (le 15 mai)

Pour Aragones, il suffit d'y croire
«Cette fois c'est la bonne, nous allons en finir avec la malédiction, nous allons passer les quarts de finale». Telle est la promesse du sélectionneur espagnol Luis Aragones. Ces quarts de finale de Coupe du monde, «les maudits» dit-on en Espagne, la Selección ne les a jamais franchis en onze participations. L'Espagne s'est illustrée une fois, seulement, dans le tournoi suprême. C'était en 1950 au Brésil, lors de l'unique édition à ne pas avoir connu de véritable finale. L'Espagne de Zarra a terminé à la quatrième place derrière l'Uruguay, le Brésil et la Suède. Pourtant, ce n'est faute d'essayer : l'Espagne participera en Allemagne à sa huitième Coupe du monde consécutive. Une performance seulement égalée par le Brésil, l'Italie, l'Allemagne et l'Argentine. Que des champions du monde. Comme eux, l'Espagne est une grande nation de football, dotée d'un championnat majeur et de joueurs talentueux. Sa formation est mondialement reconnue avec douze titres internationaux chez les jeunes et la conquête du tournoi olympique 1992. Mais ça ne marche pas...
1/ A cause d'un manque de réussite. En 1986 par exemple, les équipiers d'Emilio Butragueno ont buté sur un Jean-Maire Pfaff royal lors de la séance des tirs au but (1-1, 4-5 t.a.b.). En 1994, l'Italie des deux Baggio (Dino et Roberto) ont renvoyé les Ibériques au pays au terme d'un match dramatique (1-2), marqué par les occasions vendangées de Julio Salinas et par l'image de Luis Enrique en sang, suite à une agression de Mauro Tassotti (une fracture de la cloison nasale, en pleine surface de réparation, devant l'arbitre Sandor Puhl). En 2002 enfin, l'arbitre égyptien Gamal Ghandur annulait deux buts valables à Morientes et Baraja avant une séance de tirs au but remportée par la Corée du Sud (0-0, 3-5 t.a.b.).
2/ A cause d'erreurs individuelles devant son but. La bévue monumentale d'Andoni Zubizarreta face au Nigéria en 1998 (2-3) ou les problèmes de Fernando Hierro face aux flèches coréennes en 2002 ont eu leur importance. Pour la première fois depuis très longtemps, l'Espagne possède des défenseurs et un gardien de très haut niveau avec Iker Casillas, Carles Puyol et Pablo Ibanez. La charnière centrale est jeune (28 et 26 ans), physique et déjà très expérimentée.
3/ A cause de lacunes tactiques. L'Espagne avait été incapable de réduire l'impact de Dragan "Pixie" Stojkovic sur le jeu yougoslave en 1990 en huitièmes de finale (1-2 a.p.). Huit ans plus tard, à Saint-Etienne, les joueurs espagnols n'ont pas davantage trouvé la solution pour briser le verrou paraguayen (0-0), au premier tour. Organisée en 4-2-3-1, la Seleccion s'articule aujourd'hui autour du "double pivot", le duo de milieux récupérateurs Xavi Hernandez / Xabi Alonso (ou David Albelda) avec, dans le rôle du cerveau, Xavi Hernandez, le Barcelonais de retour de blessure.
4/ A cause de la la faillite de ses attaquants au mauvais moment. Raul, et Julio Salinas avant lui, n'ont jamais vraiment brillé en Coupe du monde. Ils sont plusieurs à pouvoir inverser cette tendance : Fernando Torres, El Nino ("le gamin"), l'electron libre Luis Garcia, le feu follet d'Arsenal Jose Antonio Reyes et le meilleur buteur espagnol David Villa (moyenne d'âge, 24 ans), sans oublier les "anciens" Raul et Fernando Morientes, deux amis qui auront l'opportunité, en Allemagne, d'oublier une saison plus que mitigée.
5/ La rivalité Barcelone-Madrid gangrènerait l'équipe. Ce vieux mythe a vécu depuis l'arrêt Bosman. A Madrid, comme à Barcelone, il y a presque plus de joueurs étrangers que de nationaux. Par ailleurs, les Raul, Ramos, Casillas, Xavi ou Puyol sont les plus grands amis du monde. La sélection d'Aragones semble d'autant moins menacée que l'entraîneur voit plus loin dans ses choix.
Pour le sélectionneur espagnol, tout se passe dans la tête. «Une équipe qui se sent capable de gagner peut le faire. Il suffit souvent d'y croire pour remporter un match. Je vais recruter un psychologue ou je m'en occuperai moi-même, mais il faut que mes joueurs abordent cette compétition avec l'intime conviction qu'ils peuvent y jouer un rôle majeur».














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