S'EN FAIRE UNE MONTAGNE, OU PAS
Par Cédric ROUQUETTE (le 25 mai)

Un 4-4-2 tirant vers le 4-5-1, un jeu de passe ambitieux
Les deux déclarations sont tombées le même jour, un rien surréalistes. Pendant qu'Alex Frei assurait que «le bon moment» était arrivé pour «prendre le dessus» sur la France, Raymond Domenech avouait que la Suisse provoquait ses «cauchemars». Il faut rétablir les faits : la France a terminé devant au premier tour de l'Euro 2004 puis en éliminatoires de la Coupe du monde (2004-2005). Les palmarès restent incomparables. Les références des 23, aussi. Mais c'est une tendance : la Suisse progresse à vue d'oeil et lutte par le geste contre son image de petite nation du jeu. Le match de Stuttgart, le 13 juin, sera le cinquième France - Suisse en trente six mois. Entre sa défaite amicale le 20 août 2003 à Genève (0-2) et le nul (1-1) en éliminatoires de la Coupe du monde le 8 octobre 2005 à Berne, la Suisse a esquissé, malgré l'absence de victoire, le portrait d'une équipe armée pour neutraliser la France. Au moins. «Si une équipe méritait la victoire, c'est la Suisse», avait eu raison de penser Köbi Kuhn, pour la première fois de sa carrière, en octobre 2005. «Les Suisses ont montré qu'ils avaient perdu quelques complexes» avait noté Raymond Domenech à l'aller (0-0).
En quatre matches, Müller, Cabanas et Vogel furent les seuls Suisses titulaires à chaque fois, ce qui, en ajoutant Frei (trois matches, il était suspendu pour le 1-3 de l'Euro), donne une idée précise de l'ossature. La Suisse évolue toujours à quatre défenseurs, dans un 4-4-2 tirant vers le 4-5-1, selon les disponibilités du moment et les polyvalences de Cabanas, Wicky voire Vonlanthen, joueurs à la dimension technique individuelle incontestable. La Suisse est, contrairement à beaucoup d'adversaires, déterminée à posséder le ballon et capable d'un jeu de passes incisif. Ce fut parfois impressionnant à Berne, en première période, même si cela ressemblait à un surrégime (remarquable Barnetta). Situé au coeur de l'équipe, le Milanais Vogel - qui, peu utilisé, sera frais en Allemagne - a la haute main sur le rythme du jeu.
La clef sera le rythme
Le rythme, ce sera la clef. «Le match s'est déroulé comme nous l'espérions» avait reconnu Kuhn au soir du 0-0 ramené du Stade de France, il y a quinze mois, pour souligner que les Helvètes avaient joué à leur vitesse de croisière. Si la Suisse ne rend pas le ballon et maîtrise le tempo, comme à Saint-Denis, à Berne, voire à l'Euro, les Bleus seront menacés, ou impuissants collectivement. A l'Euro, ils avaient gagné sur deux coups de pied arrêtés et un rush individuel de Henry. La Suisse n'a, en revanche, jamais montré de réponse dans les séquences où la France imposait sa vitesse, sa circulation et sollicitait beaucoup ses attaquants. L'axe Müller - Senderos n'est toujours pas un monument de rapidité...
Malgré tout, la Suisse a encore un gros travail à effectuer sur elle-même pour créer l'événement contre les Bleus. En 360 minutes, elle a marqué seulement deux fois, dont une sur un coup franc dévié. C'est en partie grâce aux gardiens : Barthez fut énorme les trois fois, Coupet aussi à Berne. Mais c'est aussi car la Suisse a rarement le geste juste dans la zone de vérité, ce qui lui avait coûté sa qualification directe en Irlande (0-0). Il lui faudra aussi prouver qu'elle a acquis le mental pour ces grands événements. Vogel et Haas, avaient été expulsés au premier tour de l'Euro 2004, obligeant leur équipe à jouer à dix pendant 70 minutes, tout cela avant le crachat fatal de Frei. La chance des Bleus : que la Suisse conçoive cette Coupe du monde comme un heureux apprentissage. C'est une vieille habitude. Au fond, la grande ambition de cette génération, c'est l'Euro 2008 à domicile.














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