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COUPE DU MONDE 2006

Du 9 juin au 9 juillet 2006

Bilan
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UNE DOULEUR, ZÉRO REGRET
Par Cédric ROUQUETTE

Perdre une finale de Coupe du monde est une douleur exceptionnelle. Mais être parvenu jusque-là grâce à trois superbes victoires donne une dimension considérable à la performance de l'équipe de France.
 
Zidane a écoeuré Ronaldinho. (L'Equipe.)

Plus impressionnants qu'en 1998 et 2000

L'équipe de France a réalisé en Allemagne la deuxième performance de son histoire en Coupe du monde. Une moitié du onze-type avait réalisé la première, en 1998. Le premier bilan à faire est celui-ci : atteindre la finale d'une Coupe du monde est une performance de privilégié, même si la perdre représente «énormément de souffrance» (Thuram). Ceux qui se souviennent de 1982 et 1986 comme d'une belle époque mesurent la distance qui sépare une demi-finale, même héroïque, d'une présence le dernier jour. C'est un monde. Même si «plus tard, on va retenir que l'Italie a été championne du monde, et personne ne saura plus que ça s'est joué sur un penalty», et même si l'objectif était un peu plus élevé, personne n'enlèvera aux Bleus l'épaisseur de leur parcours. Battre l'Espagne (3-1), le Brésil (1-0) et le Portugal (1-0) en neuf jours, en 90 minutes à chaque, fois, est exceptionnel. L'équipe n'avait même pas fait aussi bien en 1998 et 2000. Soit les adversaires avaient moins de crédit (Paraguay, Croatie), soit la France avait eu moins d'autorité et gagné après d'insoutenables prolongations. Elle n'a perdu aucun de ses sept matches, et le scénario de la finale a secoué les certitudes des gagneurs les plus costauds. Thuram : «J'ai défendu l'idée que celui qui gagne est forcément le meilleur. J'y ai réfléchi à nouveau dans le vestiaire et je me dis que ce n'est pas toujours le cas.»

La différence avec l'Italie ? Un tir au but à peine raté : il a manqué dix centimètres à Trezeguet pour réaliser une frappe parfaite sous la barre. Sous-évaluer la remarquable performance de la France en 2006 serait aussi sous-évaluer les victoires de 1998 et 2000, quand la chance, cette fois, avait accompagné l'équipe. Les Italiens en parleraient mieux que d'autres : c'est un tir au but frappé sur la barre par Di Biagio qui les avait sortis en quart de finale de la Coupe du monde 1998, et un but au bout du bout du temps additionnel qui les avait privés de la victoire à l'Euro 2000. Henry, très lucide : «Quand tu es du mauvais côté, tu cherches à combien de centimètres ça passe. Quand tu es du bon côté, tu n'y penses pas.» Il a même fallu lutter contre le vent au premier tour, quand un penalty et un but furent refusés aux Tricolores, pendant que le souvenir de 2002 gâchait leur plaisir d'être là. Pour Gallas, il reste une victoire morale : «Nous sommes allés au bout de nous-mêmes, sans faire d'erreur, donc je ne suis pas vraiment déçu.»

L'orgueil à défaut des automatismes

Personne ne pourra reprocher aux Bleus d'avoir pris le problème par le mauvais bout. Ils auront été bons durant les deux seules semaines qui comptent chaque paire d'années. C'est aussi ce qui donne du relief à leur épopée : les indices étaient minces, même à l'issue du premier tour, qui annonçaient un tel bloc, un tel volume physique, un tel mental. 2006 fut une surprise aussi bonne que 2002 et 2004 avaient été des trahisons. Les deux années avant le Mondial en Asie avaient vu les Bleus atteindre des pics sans précédent dans le niveau de jeu. Pendant celles d'avant l'Euro 2004, ils avaient battu leur record d'inviolabilité et égalé le nombre de victoires consécutives dans l'histoire du football international (14). Leur parcours 2006 restera comme une belle surprise, une magnifique réaction d'orgueil. Il n'y a pas grand-chose à regretter, juste à constater que la France n'a pas été capable de marquer sur une action de jeu lors de ses trois derniers matches. Elle en a eu plus d'une fois l'occasion contre l'Italie, mais un certain manque d'automatismes entre les joueurs offensifs fut payé très cher. Avant la compétition, Aimé Jacquet avait craint qu'il manque «un an» à cette équipe. Là se situa peut-être la différence entre une belle équipe qui gagne et une magnifique équipe qui ne perd pas.

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