LA GRÈCE FOUDROIE LE PORTUGAL
Par Cédric ROUQUETTE, à Lisbonne

C'était un feuilleton qui occupait les écrans depuis un mois, pratiquement jour et nuit. Un pays, le Portugal, y exposait sa passion pour le foot et pour son équipe nationale, avec une fraîcheur et des résultats qui dessinaient une magnifique aventure collective, proche, dans tous ses ressorts, de celle vécue par la France en 1998. Les meilleures séries ont une fin et celle-ci est terrible pour le pays organisateur. Ce soir, le Portugal n'a toujours rien gagné. La Grèce, qui n'était pas grand chose en arrivant dans la péninsule, qui sera sans doute toujours regardée avec les yeux de la perplexité dans les semaines à venir, l'a battu dans les règles, à l'issue d'une finale semblable à toutes ses précédentes rencontres (1-0). La patrie de l'olympisme n'y croit peut être pas elle même. Elle est devenue championne d'Europe après avoir battu le Portugal deux fois en trois semaines (2-1, 1-0), la France (1-0), la République tchèque (1-0 ap.), et avoir sorti l'Espagne sur un match nul (1-1). C'est un authentique exploit, un OVNI dans un palmarès, qui se souvient encore de la météore danoise en 1992.
La Grèce, fidèle à elle-même, n'a rien inventé au Stade de la Luz de Lisbonne, rouge d'un amour sincère pour son adversaire. Elle a réalisé le match qu'elle pouvait attendre d'elle,-même d'une cohérence parfaite avec l'ensemble de son oeuvre : organisation rigoureuse (4-3-2-1), marquage individuel, don de soi, réalisme offensif, avec un nouveau but sur corner inscrit par le bourreau de la France, Charisteas, au plus fort de la deuxième période. C'est une idée du jeu qui ne fait pas rêver. L'équipe de Rehhagel n'est pas celle qui a le mieux joué au ballon au cours des trois dernières semaines. Elle n'en avait pas les moyens. Mais elle est celle qui a compris le plud de choses à ce jeu si complexe qui s'appelle le football, notamment qu'il se jouait en équipe, qu'il exigeait un courage physique et moral permanents, que seule une volonté de fer pouvait faire accoucher les ambitions. De ce point de vue, sa victoire est un exemple, et il faut rappeler aux plus grincheux qu'elle n'est à ce jour entachée par aucune faute d'arbitrage, aucun but contestable, aucun comportement de bandit. Ce n'est peut-être pas un hasard si une équipe ainsi bâtie a triomphé d'une compétition qui aura vu tous les gros bras présumés, France en tête, s'en aller tôt pour s'être écarté de toutes ces vertus.
Le Portugal, réveillé en plein rêve, commença pourtant par avoir la bonne idée de ne pas encaisser un but dès la 6e minute, comme lors du match d'ouverture. Incisif grâce à ses individualités, faisant mieux circuler de ballon et apparemment moins impressionné par les événements, le onze de Scolari a pressé autant qu'il l'a pu dans les premières minutes. Objectif : ouvrir le score rapidement pour obliger les Grecs à étaler leurs limites. Miguel trouva le cadre mais Nikopolidis avec lui (14e), Pauleta aussi (17e). Du strict point de vue des occasions, c'était à peu près tout. Les Grecs eurent l'intelligence de ne pas chercher à rivaliser dans un rythme qui semblait alors au-dessus de leurs possibilités. Mais fidèles à leurs habitudes, ils ne laissèrent passer aucune occasion de faire peser la menace du contre ravageur, grâce à un jeu de passe sobre mais efficace, et à l'énorme activité de Vryzas. Deux occasions franches les récompensèrent, par un superbe jeu en triangle entre Vryzas, Katsouranis et Charisteas (16e) puis sur un centre tendu de Fyssas (26e) se heurtant à la sortie de l'aérien Ricardo. Le Portugal dominait, mais n'était pas plus avancé.
A partir d'un coup franc indirect gâché par Figo (34e), il s'enfonça même dans dix minutes d'à -peu-près qui redonnèrent un souffle incroyable aux supporters grecs, comme s'ils voyaient déjà le scénario idéal se réécrire sous leurs yeux. Des fautes, plus d'occasions, que des embryons d'approches. Figo mit des semelles à ses chaussures, laissant ses hommes à dix. Puis Miguel s'attira une blessure aux côtes en cherchant Giannakopoulos. Bilan : une enguelade monumentale avec Scolari et son remplacement d'autorité par Paulo Ferreira (43e).
Plus que jamais, le Portugal se coloriait au bleu et blanc du FC Porto, avec cinq joueurs à vocation défensive sur six issus du champion d'Europe des clubs. Il revint sur le terrain avec les idées plus claires et ambitieuses. Des renversements de jeu, du rythme, de l'initiative, mais comme contre la France, le Grèce frappa au plus haut de la domination adverse. Le même buteur, Charisteas, et la même origine qu'en demi-finale, un corner tiré tendu près du but (1-0, 57e). La Luz et Cristiano Ronaldo se réveillèrent en même temps (deux tirs, 58e, 60e). La situation était déjà grave, mais elle n'annihila pas tout de suite la foi portugaise. Les rentrées de Rui Costa (62e) et Nuno Gomes (72e) permirent d'accentuer l'occupation du camp grec, mais faute d'une vraie qualité de centre et par manque de réussite sur des tentatives lointaines, le score restait en l'état. Nikopolidis gagna son duel devant Ronaldo (75e), puis ce fut Dellas (80e). Le peuple lisboète, d'une silence halluciné, officialisa sa trouille. Le virage grec, lui, extériorisait son euphorie sans compassion. Figo eut la prolongation au bout du pied gauche (89e) mais frappa à côté. Traumatisés de voir que leur rêve s'en allait, le banc et le public portugais s'en prirent à l'arbitrage de M. Merk. Ils avaient déjà les idées ailleurs. Ils avaient perdu. Contre toute attente, le héros était mort à la fin.














 Le film du match




