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EURO 2004

Quarts de finale

2004
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LES DIEUX N'EN POUVAIENT PLUS
Par Cédric ROUQUETTE à Lisbonne

Abandonnée par le sort et par ses talents, l'équipe de France a été éliminée en quart de finale de l'Euro par la Grèce (1-0). C'est la sanction logique d'un tournoi qui aura vu les tenants du titre se liquéfier au fil des rencontres.
La déception des Bleus était profonde. (Reuters)
 
La déception des Bleus était profonde. (Reuters)

Bien sûr, les Bleus n'ont pas été sortis au premier tour, mais la douleur est-elle si différente ? Le quart de finale fatal contre la Grèce (0-1) a confirmé, amplifié, réuni en un concentré de 90 minutes, toutes les raisons pour lesquelles cette équipe de France a perdu, au fil des matches, l'immense crédit qui était le sien au début de cet Euro. Pas mauvais contre les Anglais, inconstants contre les Croates, inquiétants contre la Suisse, les Français ont encore franchi, vendredi, un cap dans leur descente vers un niveau dont plus grand monde ne les pensait capables depuis l'échec de 2002 et la renaissance quasi immédiate qui avait suivi. La Grèce n'a rien fait d'autre que ce qu'elle avait prévu. Composée en majorité de joueurs du Panathinaïkos (4) et de l'AEK Athènes (3) - écrasée 4-0 il y a neuf mois par Monaco - elle n'a jamais, non plus, laissé l'impression qu'elle avait une place toute faite dans le dernier carré d'un Championnat d'Europe. Elle a attendu, elle a défendu, elle a surgi au moment où elle l'a pu. Sa victoire sanctionne une équipe de France sans repère, d'une fébrilité inédite depuis le Chypre-France de septembre 2002 (1-2).

Tactiquement, avec ce 4-4-2 si diffus qu'il n'a servi aucun sauve-qui-peut, c'est un fait mais ce n'est évidemment pas le problème principal. Les Bleus voulaient gagner cet Euro. Ils en avaient le désir intellectuel. L'ambition professionnelle. Pas la disponibilité morale et physique des Portugais, Anglais ou des Tchèques. La fraîcheur mentale nécessaire pour briller pendant un événement de cette ampleur s'est évaporée. La fraîcheur physique, dont le retour était annoncé pour bientôt, n'est jamais vraiment venue. Vainqueurs deux fois dans le dernier quart d'heure, les Bleus avaient du souffle. Ils n'avaient pas le jus nécessaire pour avoir les idées en place et faire autre chose qu'hésiter sur chaque ballon ou presque, pour s'en remettre à d'autres ressources que la classe intermittente d'un Zidane contre l'Angleterre ou la persévérance d'un Henry contre la Suisse. C'était insuffisant pour aller plus loin, et quoiqu'en pensent les valeureux Anglais sortis la veille, les défaites méritées sont celles qui font le plus mal.

La première période correspondait de loin aux 45 moins bonnes minutes réalisées par les Bleus depuis le début de l'Euro. Pas de rythme, sinon une lenteur maladive, peu de duels gagnés, beaucoup d'imprécisions et la nette sensation que les Grecs avaient une idée plus précise des raisons de leur présence au stade. Le bilan était catastrophique à tous les points de vue, et celui des tirs cadrés parlait plus que les autres : un contre quatre. Et quel tir : une tentative réussie in extremis par Henry après un numéro solitaire, ponctué par une frappe flottante déviée par Kapsis et arrêtée par Nikopolidis (43e). Le Français le plus en vue fut Barthez, ce qui n'est jamais très bon signe, sollicité sur deux tentatives lointaines de Nikolaidis (14e) et Fyssas (37e), latéral gauche à l'origine d'un premier centre tendu (5e). Le frisson le plus dangereux vint de Katsouranis, reprenant de près un coup franc excentré de Karagounis (15e), et Barthez ne dut sa réussite qu'à sa proximité avec le poteau. Une frappe de Katsov (27e) finissait de chauffer les gants du numéro 16. Côté français, à part un beau une-deux Zidane-Lizarazu sur l'aile gauche, suivi d'un centre pour la tête de Henry à côté (25e), rien, absolument rien ne vint de collectivement satisfaisant.

Dans ses grandes lignes, cette plaisanterie s'est prolongée jusqu'à la 57e minute, où une chevauchée en solo de Lizarazu jusqu'au point de penalty a marqué le début d'une période un rien plus ambitieuse. Mais les Bleus ne firent pas grand chose de plus que piétiner un peu le gazon à l'entrée de la surface. Henry, souvent servi par sa propre audace (49e, 60e, 64e), restait le plus dangereux. C'est alors que les Grecs ont réussi ce qu'ils avaient en tête depuis le début, au cours d'une période où leur maladresse avait prévalu quand il s'agissait d'enchaîner plus de trois passes. Zagorakis passait Lizarazu. Centre parfait pour la tête de Charisteas, et le pire arrivait (1-0, 65e). On repensait à la phrase de Marcel Desailly, la veille. « Il faut que chacun prenne ses responsabilités et fasse en sorte que sa performance individuelle soit plus élevée et se fonde dans la performance collective ». C'était l'inverse qui se produisait dans tous les coins du terrain, et si c'était utile, on sortirait Henry et Thuram du lot - même s'il annonça spontanément son implication sur la lucarne de l'attaquant grec.

L'entrée de Saha, conjointe à celle de Wiltord, apporta bien tard (72e) ce qui manquait de vitesse, de mouvement et de culot à une équipe de France si statique. Mais cette énergie, à laquelle s'ajouta celle de Rothen (78e), s'éteignit progressivement. La balle de 1-1 vint pourtant. Du côté droit, où Thuram était venu dépasser sa fonction. Son centre tendu était une offrande pour Henry, mais il ne cadra pas sa tête (87e). Dans une fin de match débridée par les contorsions grecques au sol et une agressivité française un peu brouillonne, Lizarazu eut une occasion supplémentaire d'égaliser, mais sa reprise bien fouettée à l'entrée de la surface s'envola dans les nuages. Cette fois, ni Wiltord, ni Trezeguet, ni Zidane ne surgirent. Il fallait constater l'évidence : ces Bleus-là devaient s'épargner des retrouvailles avec la République tchèque ou le Danemark. Avec 2 défaites en 28 matches, sa première en compétition officielle, Jacques Santini quitte les Bleus loin des objectifs qu'il avait pour eux. La France n'est redevenue en deux ans que la championne du monde des matches amicaux. Au vu des noms qui la composent, cela reste un formidable gâchis.

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