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    Mondial des moins de vingt ans en Argentine 
Cédric ROUQUETTE  Le bilan mitigé des Bleuets 

Battus en quart de finale du Championnat du monde par l'Argentine (1-3), qui évoluait à domicile, les champions d'Europe de Raymond Domenech repartent, déçus de ne pas avoir remporté un titre auquel ils pensaient depuis longtemps. Mais les Bleuets ont forcément progressé après cet aventure. Bilan.


L'équipe-type
Contrat rempli ou échec ?
Le jeu
Les joueurs
L'oeil du sélectionneur



Gaël Givet, le partenaire de Mexès en défense centrale (Photo L'Equipe)


Hassan Ahamada a pris la compétition en cours de route (Photo AFP)


> Tout sur le tournoi
> Sur la route de Buenos Aires (publié le 17 juin)
> Les Bleuets à la loupe (publié le 17 juin)
> Le festival espoirs de Toulon (1re phase)
> Le festival espoirs de Toulon (finale)
> Les fiches de Nicolas Penneteau , Jérémy Sopalski, Nicolas Puydebois , Philippe Mexès , Gaël Givet , Mathieu Delpierre , Jonathan Joseph-Augustin , Grégory Vigal , Jean-Félix Dorothée , Benoît Cheyrou , Bernard Mendy , Gaël Danic , Pascal Bérenguer , Sébastien Roudet , Hassan Ahamada , Djibril Cissé , Hervé Bugnet



 Contrat rempli ou échec ?

Le bilan de ce Mondial juniors, achevé par une élimination en quart de finale contre l'Argentine (1-3) : une authentique bouteille à moitié vide et à moitié pleine.

Les moins

Au rayon "vide", la nécessaire frustration des joueurs qui n'ont pas atteint leur objectif. Champions d'Europe en titre, ils s'étaient déplacés pour gagner le tournoi, et n'ont jamais reconnu d'autre ambition. De façon plus générale, une équipe de France éliminée en quart de finale d'une grande compétition, c'est un événement devenu inhabituel dans un tournoi masculin. Depuis la Coupe du monde 1998, c'est seulement la deuxième fois que l'événement se produit, après l'élimination des Espoirs (génération 1977) en huitième de finale du championnat d'Europe 2000.

Autre grincement de dent récurrent durant toute la compétition : la fébrilité d'une équipe, "junior" au sens propre du terme selon son entraîneur, capable de se compliquer la vie toute seule. Surtout quand les circonstances exigent une attention de tous les instants. Le retour du Paraguay au premier tour (2-0 pour les Bleus à la 50e minute, 2-2 score final), le penalty concédé face à l'Argentine en quart de finale après l'égalisation, l'indigence du niveau de jeu en première mi-temps face au faible Iran, ont confirmé une tendance à l'inconstance, entrevue lors du festival espoirs de Toulon.

Les plus

Les plus beaux fleurons de la formation à la française, s'ils n'ont été capables d'un jeu fluide que par intermittence (contre le Ghana par exemple, 0-0, voire face à l'Allemagne, 3-2), ont confirmé qu'ils avaient parfaitement assimilé deux des exigences du très haut niveau : une condition physique parfaite et un mental toujours au top.

Sans ces deux qualités qui font d'elle une formidable bagarreuse (au passage, quinze cartons jaunes et deux rouges récoltés en cinq matches...), la France aurait sans doute plié face à l'Allemagne en huitième de finale. Elle s'est qualifiée dans le temps additionnel, après avoir été menée 0-1 puis avoir su rebondir après l'égalisation allemande à 2-2 à quelques minutes de la fin. Un vraie perf.

Surtout, en perdant en quart de finale contre l'Argentine, archi-favori du tournoi, soutenue par un public inconditionnel complètement accro à un jeu parfois proche du football champagne, la France a perdu un match qu'elle n'était pas programmée pour gagner. Les Bleuets se sont arrêtés au même stade que leurs aînés de 1997, dirigés par Gérard Houllier, (Uruguay, 1-1, 6-7 t.a.b.), dont la pointe de l'attaque devait être sacrée championne du monde un an plus tard (Henry et Trezeguet). Deux victoires, deux nuls, une défaite attendue face à une équipe à l'évidence mieux armée : ce parcours 2001 n'a rien d'infâmant.


Ni franchement bon ni vraiment mauvais, le bilan des Bleuets est simplement « enrichissant », comme l'a évalué le sélectionneur Raymond Domenech. A travers une longue compétition sur le modèle d'une vraie Coupe du monde, les "vingt ans" ont profité du voyage pour prendre de la bouteille, même si les résultats de cet apprentissage ne seront visibles que plus tard. Les Français quittent la compétition plus assurés que jamais sur ce que sont leurs forces et leurs faiblesses, pour les avoir confrontées aux meilleurs jeunes de la planète (Argentine, Ghana, après le Portugal et la Colombie au festival espoirs de Toulon). En somme le chantier continue, en vue du passage à la catégorie espoirs en 2002-2003 et du championnat d'Europe 2004, vraisemblablement avec le même sélectionneur.



PREMIER TOUR
France - Iran 5-0 , France - Paraguay 2-2 , France - Ghana 0-0
1/8 DE FINALE
France - Allemagne : 3-2
1/4 DE FINALE
France - Argentine : 1-3
 Le jeu : « Avec les moyens du bord »

Dans ses grandes lignes, la 4-4-2 de Jacques Crevoisier qui avait sacré les Bleuets champions d'Europe en 2000 a été perpétué par Raymond Domenech. Sous sa direction, Mathieu Delpierre (Lille) a remplacé Jean-Félix Dorothée (Rennes) comme titulaire au poste d'arrière-droit. Rien de plus. Seules les circonstances l'ont poussé à remplacer Lionel Mathis et Hassan Ahamada, blessés, par Nicolas Fabiano et Hervé Bugnet. Autant dire qu'avec le système de jeu, le sélectionneur des espoirs a confirmé une équipe-type, à une exception près.






Prenant acte de la polyvalence de beaucoup de sélectionnés, le nouvel entraîneur des Bleuets a essayé d'ajouter une corde à leur arc avec la mise en place prudente d'un 3-4-3, d'abord au festival espoirs de Toulon (contre la Colombie, 1-2) puis face au Ghana (0-0) au Mondial. Sans préciser s'il allait être pérennisé.






Djbril Cissé, une rapidité et une adresse toujours précieuses (Photo AFP)

En un mois et demi, la sélection des moins de vingt ans a beaucoup souffert de l'absence de l'Auxerrois Lionel Mathis en milieu de terrain. Le véritable leader technique de cette génération était victime d'une pubalgie avant même le festival espoirs de Toulon.

La fluidité de l'ensemble ne s'en est jamais vraiment remise, les duos Cheyrou-Fabiano ou Fabiano-Bérenguer n'atteignant jamais le même volume de jeu. La démission in extremis de son remplaçant attitré, le Parisien Selim Benachour, optant finalement pour la nationalité tunisienne, a contraint l'équipe à composer, sur le plan technique, avec les « les moyens du bord » selon les termes sévères de Bordelais Bugnet.

Du coup, le jeu des tricolores a présenté, sur la durée, un déchet trop important pour une équipe si redoutée. « C'était parfois du hourah football » a même tranché Domenech pour caricaturer quelques séquences poussives à base de contrôles ratés, passes imprécises et relancées bâclées. Portée par un mental à toute épreuve, l'équipe a révélé une faculté intéressante à procéder par contres.

La défense a été irréprochable aussi longtemps qu'elle était concentrée, la remarque valant aussi pour le gardien-capitaine Nicolas Penneteau. Mais le Paraguay et l'Argentine savent que ce ne fut pas toujours le cas. En attaque, le Mondial a permis à Djibril Cissé, très attendu après un Euro 2000 en demi-teinte (aucun but) de prendre une envergure internationale en inscrivant six buts en quatre titularisations sur ses qualités habituelles de vitesse et d'opportunisme.



Hervé Bugnet, deux buts qui ont mis les Bleus sur de bons rails (Photo L'Equipe)


Bernard Mendy, deux fois expulsé (Photo L'Equipe)

 Les joueurs : Cissé au top, Mendy voit rouge

Les principales satisfactions individuelles sont venues du secteur offensif.

Avec six buts en quatre titularisations (un penalty) et une passe décisive, Djibril Cissé a incontestablement écrasé l'équipe de France de sa présence. Dans les pires moments, la faculté de ses coéquipiers à lancer de longs ballons vers lui comme un ultime recours en disait long sur son importance dans le système de jeu. Véritable vedette en Argentine, sur les tablettes de tous les recruteurs, Cissé a marqué beaucoup de points en quelques semaines. Il est sous contrat avec Auxerre jusqu'en 2006.

Son partenaire en attaque Hervé Bugnet, qui vient de signer son premier contrat pro à Bordeaux, s'est montré en débloquant deux fois la situation lors des deux premiers matches des Bleuets, dans des positions difficiles.

Les deux attaquants tricolores n'auraient peut-être pas connu tant de réussite sans le pied gauche chirurgcal du rennais Gaël Danic qui, sur la foulée d'une fin de saison magnifique en club, a fait parler une science de la passe décisive impressionnante. Six au total, pour le tireur attitré de la plupart des coups francs et corners.

La vraie déception individuelle de la compétition est venue du parisien Bernard Mendy. Dans une position de milieu de terrain, il a réussi l'exploit rarissime de connaître deux expulsions en cinq matches d'une même phase finale. A titre de comparaison, un tel événement ne s'est jamais produit en phase de finale d'une Coupe du monde seniors. Dommage d'avoir gâché ainsi un vrai talent : polyvalent, influent au sein du groupe, Mendy a aussi inscrit le deuxième but tricolore face à l'Allemagne (3-2).






Raymond Domenech : "J'espère que les joueurs retiendront la leçon" (Photo L'Equipe)


 L'oeil du sélectionneur

Lors du quart de finale conte l'Argentine (1-3), Raymond Domenech a dirigé son douzième match officiel à la tête de la "génération 1981". Avant de les retrouver en espoirs après le championnat d'Europe 2004, il juge cette génération douée (supérieure à celle de 1997 selon ses dires), bagarreuse, physiquement irréprochable mais naïve et encore bien jeune d'esprit.

« Les enseignements majeurs nous sont surtout venus des matches contre les Sud-Américains qui font la différence dans l'approche du jeu, l'efficacité et la technique, estime le sélectionneur. Ils ont plus de maturité, plus d'expérience. Quelque part, on sait qu'ils ont deux ou trois ans de plus que nous et tous leurs joueurs sont titulaires au plus haut niveau, contre deux et demi à la France. La différence était là mais c'était une belle, belle, expérience. »

« Contre l'Argentine, c'était le match qu'il ne fallait pas rater. J'espère que les joueurs retiendront la leçon. Quand on veut devenir professionnel, on ne peut pas faire ces fautes de gamins juste après avoir égalisé. C'est une péripétie du jeu que les joueurs n'ont pas su gérer. C'est vrai que l'Argentine nous craignait. C'est pour cela qu'elle avait modifié son dispositif en jouant avec quatre défenseurs et en changeant Romagnoli par D'Alessandro, ce qui a empêché les montées de Bernard Mendy. »

« La technique, cela s'apprend mais cela s'apprend surtout en rencontrant le plus souvent possible ce genre d'équipes qui ont de vrais joueurs professionnels. Regardez les Argentins, ils n'arrêtent pas de tomber. On a dû siffler deux cents coups-francs contre nous... Cela dit, je suis content de ce déplacement et pas déçu du tout. J'espère que les joueurs apprendront et qu'ils retiendront tout ce qu'ils ont vu. »




 
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