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JEUX OLYMPIQUES D'ETE

Canoë monoplace - Dans la tête de... TONY ESTANGUET

Du 8 au 24 août 2008
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« PAS DE PLACE À L'IMPROVISATION »
Par Peggy BERGERE

Deux participations aux Jeux Olympiques (2000, 2004) et deux médailles d'or en canoë monoplace : que se passe t-il dans la tête de Tony Estanguet avant, pendant, et après une course olympique ? Réponses avec le porte-drapeau de la délégation tricolore, toujours en toute humilité.
Estanguet : double champion olympique, champion du monde, double champion d'Europe. (L'Equipe)
 
Estanguet : double champion olympique, champion du monde, double champion d'Europe. (L'Equipe)

Avant de partir : « Faire son sac est un vrai moment particulier »
La première chose, c'est faire son sac. C'est le premier truc qui marque. J'y réfléchis, je pense à ne rien oublier, parce qu'en cas d'oubli, c'est un peu loin pour faire l'aller-retour. Je sais que participer aux JO est une chance unique, que l'occasion de les disputer à nouveau ne se représentera peut-être pas, donc faire mon sac est un vrai moment particulier.

En arrivant : « Déjà un premier jet de pression »
En descendant de l'avion, à l'aéroport, je prends déjà un premier jet de pression. A ce moment là, je me dis que les choses sérieuses commencent. Avec le canoë-kayak, nous arrivons quinze jours avant la cérémonie d'ouverture. A ce moment là, je sens que le compte à rebours est vraiment lancé, et le stress commence à monter.

Arrivée au village : « L'immensité »
C'est LE moment où je sais que je suis aux Jeux Olympiques. Tout est immense, vous avez cet espèce de hangar gigantesque, qui est en fait un restaurant, ce truc hyper imposant qui trône ! Ce qui frappe la première fois que je mets les pieds au village, c'est cette immensité.

L'ultime entraînement avant la course : « Il est symbolique »
Il est vraiment différent des autres. Les autres sessions que nous faisons quand nous arrivons sont destinées à retrouver les repères que nous avons dans le bassin, parce que nous connaissons déjà le lieu de la compétition avant d'y disputer l'épreuve. Nous avons beaucoup travaillé en amont, et ces premiers entraînements servent avant tout à retrouver la maîtrise, le bon timing. Le dernier entraînement est symbolique, parce que c'est celui où vous vous dites, « ça y'est cette fois j'y suis, j'ai fait tout ce qu'il fallait pour réussir ». Et à votre dernier coup de pagaie, vous ressentez une grosse pression.

La nuit avant la course : « Pas de souci »
Je dors bien, je n'ai pas de souci à ce niveau-là. En même temps, les deux fois précédentes, à Sydney et à Athènes, je courais le matin, donc j'étais debout à 6h30, sans problème. A Pékin, la course aura lieu en fin d'après-midi, donc je ne vais peut-être pas dormir toute la journée avant d'aller sur l'eau ! (Rires)

Le matin : « Pas de place à l'improvisation »
Tout est réglé. Le timing de la journée est complètement programmé. Je sais quand à quelle heure je me lève, à quelle heure je m'habille, à quelle heure je prends mon petit-déjeuner, à quelle heure je mange, à quelle heure je bois. (rires). Pas de place à l'improvisation.

Le trajet entre le village et le bassin : « Montrer aux autres que je fais quelque chose »
J'écoute de la musique, un casque sur les oreilles. Pas nécessairement pour « écouter de la musique », mais plutôt pour montrer aux autres que je fais quelque chose, pour me couper du monde. Là, chacun sait que ça n'est pas la peine de me parler. (Rires)

L'échauffement d'avant-course : « Le premier coup de pagaie est hyper important »
Ca y'est, je suis arrivé, je suis allé chercher mon matériel. Le premier coup de pagaie est hyper important. Je sais dès le départ si c'est un jour avec, ou un jour sans. Si je vais passer un bon moment. ou pas. L'échauffement dure environ 40 minutes en ce qui me concerne, je n'ai pas de rituel particulier, je ne suis pas superstitieux. Lorsque je sors de l'eau, je refais le parcours à pied une dernière fois, comme une sorte de dernière répétition générale. Puis je regarde un ou deux passages. Et après, c'est parti. Là, je suis vraiment dans ma bulle.

La course : « Tu sens tout de suite si tu es bien parti ou non »
Vous êtes deux minutes avant le départ dans le start, les deux minutes les plus longues du monde. Ce que je ressens est intense : j'ai mon bateau qui bouge, je vois la foule bien plus importante que d'habitude... Je sens une énergie débordante, et je pense à être tout de suite dans le bon timing. Puis la course. Je sens tout de suite si je suis bien parti ou non, dès le premier coup de pagaie. Je sais ce que j'ai à faire, quel geste effectuer à quel endroit. Je le fais.

Le passage de la ligne d'arrivée : « Le plaisir est fini »
En fait, je me rappelle beaucoup plus des moments avant le passage de la ligne d'arrivée, qu'après. Parce qu'une fois que je suis arrivé, le plaisir est fini. Bien sûr, il y a une part de soulagement et de satisfaction, mais c'est aussi la fin d'un long parcours, le point final d'une longue préparation. Après, ça revient bien sûr, les gens viennent vous sauter dessus, vous féliciter, mais c'est un autre type d'émotions.

L'analyse : « Je suis un sale perfectionniste »
Elle se fait instantanément. Je pense à mes erreurs dès que je passe la ligne d'arrivée. Je suis un sale perfectionniste ! (Rires)

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