LE MARCHEUR DOIT AVOIR DU COEUR
Par Olivier PAQUEREAU

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« Comme un marathonien, il doit avoir des qualités cardiaques importantes. Son pouls doit être assez bas mais doit pouvoir monter assez haut. Moi, par exemple, je tourne à trente-trois, trente-quatre pulsations par minute mais ça peut monter jusqu'à deux cents. Il faut aussi avoir des qualités de coordination et d'applications. Le geste du marcheur (voir ci-dessous) est très technique. On a tendance à ne voir que des besogneux qui se rentrent dedans. Des gars qui ont une gestuelle saccadée, pas belle à voir. Il faut, au contraire, arriver à rendre le mouvement le plus naturel, le plus fluide possible. Qu'il y ait une élasticité. Quelqu'un qui pratique la marche athlétique doit aussi posséder de grosses qualités mentales. Quand tu commences à marcher, tu n'as pas cinquante personnes avec toi. On est seul ou à deux. Et plus le niveau augmente, plus tu te retrouves tout seul. »
Le geste du marcheur
« Ça commence par une attaque du talon, ce qui permet d'armer le pied. La jambe doit alors être tendue. Puis on va dérouler le pied jusqu'au gros orteil. Cela sert à chercher de la vitesse entre l'armement et la poussée. Puis il y a enfin la poussée du pied où donc on applique la vitesse. Et aussitôt après on arme à nouveau. Certains marcheurs attaquent à plat mais ce n'est pas une bonne méthode car il n'y a aucune force ni aucune vitesse qui en ressort. En fait il faut être souple. Les bras ont également une grosse action. Quand on pousse, on va chercher le plus loin possible derrière avec puis on les retrouve devant soi. Mais les mains ne doivent pas remonter plus haut que la poitrine. Sinon ça nous fait monter et cela crée une suspension. Le mouvement des bras nous fait avancer. On peut donc dire que nos bras marchent également. Quand on fait un 50 kilomètres, il arrive qu'on ait plus mal aux bras qu'aux jambes. »
L'entraînement
« Il y a une grosse préparation foncière. Pour ce qui est du rythme, ça dépend de la vie du pratiquant, s'il travaille ou non. Il y a des gens qui ne s'entraînent que trois fois par semaine à cause de leur boulot. Moi, je ne bosse pas. Donc je fais entre deux cent vingt et deux cent trente kilomètres par semaine. Au niveau de la préparation physique, on fait surtout du travail abdominal. A cinq, six semaines de la compétition, il ne va plus y avoir de grosses dépenses énergétiques. On fera du travail fractionné. Au niveau de l'allure, on ira plus vite que pendant une épreuve pour acquérir de la vitesse. Pour ce qui y est du rythme, le matin, on fait le plus gros de l'entraînement. On marche entre dix et vingt kilomètres pour développer son foncier ou entre vingt et trente-cinq kilomètres si on fait du fractionné. L'après-midi, on privilégie la récupération, les soins. On travaille sa condition physique et on ne marche pas plus de dix kilomètres. Généralement je m'entraîne seul. J'ai un coach mais il n'est pas là tous les jours. Ensuite il y a l'encadrement de l'équipe de France. »
La différence avec un 20 km ou un 5 km en salle
« Sur un 20 km, la base foncière sera identique. Mais on va plus travailler la vitesse, sur des distances comme un 200 mètres ou un 400 mètres. On va aussi s'exercer sur des allures pour marcher dix ou vingt kilomètres. Puis on va également inclure plus de vitesse gestuelle. Mais il ne faut pas non plus être brisé. Il faut pouvoir tenir pendant vingt kilomètres. Les meilleurs parcourent cette distance en une heure et dix-huit minutes. Une épreuve de 5 kilomètres en salle est comme un jeu pour nous les marcheurs. Ce sont des séances qui aident à préparer un 20 kilomètres. On s'en sert pour utiliser la vitesse. Un marcheur qui va s'aligner sur un 50, au contraire, n'en fera pas. Un 5 kilomètres, oui, c'est vraiment ludique. C'est aussi un bon show et une bonne promotion car le public peut voir à quoi ressemble la marche. »
Les fautes
« Il y en a deux : la suspension et les jambes tendues. Quand on fait de la marche athlétique, il doit toujours y avoir un appui au sol. Si ce n'est pas le cas, c'est une suspension. Si on fléchit également une jambe, on commet également une faute. Il y a des juges qui sont sur le parcours pour nous sanctionner. Durant une épreuve, on a droit à deux cartons en guise d'avertissement. Au troisième, on est éliminés. »
Ravitaillement et récupération
« Avant de prendre le départ, on mange normalement. Moi, je prends un gâteau énergétique qui est l'équivalent de 300 grammes de poulet et de pâtes et qui se digère facilement. Pendant l'épreuve de marche, je bois beaucoup et me ravitaille tous les deux kilomètres. Puis, à partir du trentième kilomètre, je commence à ingurgiter des gels. Pour ce qui est de la récupération, dix jours avant la compétition, on a fini tout le travail. On lève le pied, il n'y a plus que du travail d'entretien à faire. On marche sans rien rechercher en particulier. On peut faire une petite sortie de deux heures ou faire du développement sur cinq ou six kilomètres. Après la compétition, celle qui constitue l'objectif de la saison, on coupe pendant trois semaines, un mois. Pendant quinze jours, on ne fait strictement rien puis on reprend doucement avec du VTT ou de la natation. Si l'épreuve en question n'est pas la plus importante de notre calendrier, on récupère seulement une petite semaine. »



















