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JEUX OLYMPIQUES D'ETE

Taekwondo - Dans la tête de... GWLADYS EPANGUE

Du 8 au 24 août 2008 - A Pékin
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«IL N'Y A PAS DE SENTIMENT»
Par Sophie DORGAN

Que se passe-t-il dans la tête de la triple championne d'Europe et vice-championne du monde de taekwondo lors d'une compétition ? Pas à pas, Gwladys Epangue nous fait vivre son cheminement vers la délivrance victorieuse.
Après sa déception en 2004, Gwladys Epangue est bien décidée à prendre sa revanche. (L'Equipe)
 
Après sa déception en 2004, Gwladys Epangue est bien décidée à prendre sa revanche. (L'Equipe)

A l'arrivée dans la salle : «Je suis fatiguée»

«Le jour du combat, j'arrive dans la salle fatiguée car je n'ai pas bien dormi la veille. En général, quand j'arrive le matin dans la salle, je me dis souvent que c'est mon jour. J'arrive relativement tôt dans la salle car j'ai besoin de m'imprégner de l'ambiance et cela me fait sortir de ma bulle tout en étant concentrée sur mon objectif. A l'échauffement, je sais si je vais être bien ou moins bien ce jour-là dans la manière dont les coups vont partir sur un pao (cible). Là, l'entraîneur intervient. Quand cela ne va pas bien à l'échauffement, je ne me plains un peu, l'entraîneur vient alors me dire "Ne t'inquiètes pas, ce n'est pas le vrai combat, tu seras mieux tout à l'heure, ce n'est que le matin". Puis je vois d'autres gens, je regarde d'autres combats, je peux un peu m'aérer l'esprit et ne pas être trop centrée sur moi. Regarder les autres combats, cela me permet d'évacuer un peu de pression. Je fais beaucoup de choses pour pouvoir m'évader. A chaque fois que je combats, je me mets une telle pression que j'essaie de l'évacuer par tous les moyens nécessaires. On se fait des blagues avec les copines, j'écoute de la musique, j'essaie de regarder un DVD, je lis les journaux...

Vingt minutes avant le combat :«Je rentre dans ma bulle»

Je rentre dans ma bulle à peu près 20 minutes avant de combattre. J'arrête la musique, je commence à me concentrer, à me motiver toute seule avec des phrases, des pensées. C'est différent à chaque fois. Je n'ai pas de phrases clés, cela peut être par rapport à moi-même ou par rapport à l'adversaire. J'essaie de me dire qu'il ne faut pas que je fasse de fautes, que je travaille tel ou tel axe pour ne pas me faire avoir. Cela prend environ 20 minutes. Certaines choses peuvent me perturber. Quand il y a des changements de programme, il se peut qu'on vienne nous chercher un quart d'heure avant et j'ai horreur de cela. Autant dans la vie, j'aime bien rigoler, faire la fête, chanter, autant avant d'aller combattre, j'ai besoin de calme. Il m'est impossible de combattre en étant énervée. Il faut que je sois calme. Je n'ai ni amour ni haine contre mes adversaires. Il n'y a vraiment pas de sentiment. Si tu as des sentiments, tu perds ta concentration et là, cela peut devenir très dangereux. Si l'autre s'aperçoit que tu n'es pas concentrée, que tu as envie de la massacrer, elle utilise le moment pour te contrer.

Sur l'aire de combat : «En alerte constante»

Au moment où j'arrive sur l'aire de combat, j'ai tellement pensé à tout cela pendant vingt minutes que tout sort de mon tête et je me lance dans le vif du sujet. On a beau refaire le combat des dizaines et des dizaines de fois dans sa tête, ce ne sera jamais le même combat sur l'aire. Du coup, j'ai un degré de concentration très élevé, je suis hyper vigilante, j'ai les yeux partout sur toutes les zones de frappes de mon adversaire. Je suis vraiment en alerte constante.

«On s'ignore, on bluffe, on joue au poker»

Il y a beaucoup d'intox et c'est ce qui est bien, cela fait partie du jeu. C'est très marrant. Les filles avec qui je combats, ce ne sont pas des amies mais de bonnes camarades. Après la compétition, cela nous arrive de sortir ensemble boire des verres et discuter pour savoir comment cela se passe dans nos pays respectifs. Mais le jour du combat, on s'ignore, on bluffe, on joue au poker, on essaie d'avoir l'air zen. Au fond de moi, cinq minutes avant d'arriver sur l'aire de combat, mon coeur palpite à 200. Pourtant je fais comme si tout allait bien.

La victoire : «C'est du soulagement»

La libération arrive quand j'ai gagné, quand le chrono s'est arrêté. En aucun cas, même cinq secondes avant la fin, je me relâche. Je me dis que ce n'est jamais gagné. Jusqu'à la dernière seconde, cela compte comme dans tout art martial. Au moment où j'ai gagné, je suis ravie, soulagée, je suis surtout très soulagée d'avoir franchi une étape, un cap. C'est plus du soulagement. J'ai beaucoup de pression quand je combats parce qu'il y a des attentes de la part de ma Fédération et de moi-même. Je suis très exigeante vis-à-vis de moi-même. Je ne me laisse pas le droit à l'erreur. Du coup, je suis soulagée. La joie arrive deux heures après, elle vient avec les amis.

«Lorsque je dors avec ma médaille...»

Lorsque je dors avec ma médaille, il m'arrive de repenser aux combats de la journée. Le soir quand tout est fini, il m'arrive souvent de regarder les tableaux et de me dire waouh, parmi ces trente, c'est moi la première.»

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