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JEUX OLYMPIQUES D'ETE

Athlétisme - Dans la tête de... LADJI DOUCOURE

Du 8 août au 24 août 2008
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«SUR LA DERNIÈRE HAIE, LE SOLEIL REVIENT»
Par Sophie DORGAN

Que se passe-t-il dans sa tête ? Du village à l'arrivée au stade en passant par la course pour finir par l'analyse, Ladji Doucouré nous fait vivre son cheminement. Pas à pas, le champion du monde 2005 du 110 m haies livre une part d'ombre.
Ladji Doucouré : «Sur la dernière haie, le soleil revient, je sors du tunnel.» (Photo L'Equipe)
 
Ladji Doucouré : «Sur la dernière haie, le soleil revient, je sors du tunnel.» (Photo L'Equipe)

Du village au stade : «Une répétition pour m'approprier l'endroit»

«Mon planning est fait selon les installations et le temps de voyage. Le 110m est à la fin. Alors quand je vais voir les autres, je calcule le temps entre l'hôtel et le stade. Tout est classifié. Je fais au moins une répétition pour savoir, pour visualiser, pour m'approprier l'endroit, me sentir un peu chez moi. Si j'ai besoin d'aller aux toilettes au dernier moment, il faut que je sache où c'est, il ne faut que j'ai besoin de demander à tout le monde et que je panique. Je fais attention à tout, je regarde où est chaque chose. La chambre d'appel est là, je vais m'échauffer là, le soleil vient comme cela, il fait chaud, il y a de l'ombre là, je vais donc me mettre ici. Je fais cela dans toutes les compétitions. Avec les adversaires, on s'entraide quand il y a des petits soucis. Sur certains stades, il n'y a pas de haies, un athlète va te dire : "viens là-bas, il y a une salle où tu peux passer des haies, il y a des départs".

«Tu voles sur la piste»

La course parfaite existe-elle ? «Idéale et parfaite, ce n'est pas pareil pour moi. Idéale, c'est tranquille, cela signifie que j'ai réussi une bonne course. Parfaite, cela veut dire que je n'ai pas fait du tout d'erreurs. Une course idéale, je pense que j'en ai fait une, deux ou trois. Je courrais, j'accélérais quand je voulais, c'est par exemple celles où j'ai réalisé mon record, où j'ai eu mon titre. C'est le bonheur. Tu as l'impression de ne rien faire, tu es tellement bien, tu es un vrai félin, tu voles sur la piste, tu t'emballes. Il faut se concentrer, se relâcher, ne pas passer dans le côté crispant. Quand cela s'emballe, il ne faut pas remettre les épaules en arrière, il faut essayer d'être encore plus grand parce que c'est moteur. Avec ce que j'ai vécu, je crois que la course parfaite est faisable.»

A l'échauffement : «J'écoute du rap pour me réveiller»

Je sais où je vais me poser. Je m'échauffe, je mets mon casque, j'écoute de la musique, du rap pour me réveiller, qui me fait tourner la tête. J'ai toujours les mêmes échauffements. Je cours, je m'échauffe : gammes, étirements. Puis j'enlève mon casque et je reviens tout doucement dans le monde, je me mets dans ma bulle et je la crève tout doucement. Mon coach me laisse m'échauffer et puis il me donne des petits conseils au moment où je passe sur les barrières.

Dans le stade : «On fait attention à la gestuelle»

Il y a des regards. Quand ce sont des meetings, on ne se calcule pas trop. Quand ce sont des Championnats, c'est autre chose. On ne fait pas trop attention au niveau des regards, mais on fait attention à la gestuelle. Il y a de l'intox, surtout de la part des Américains. Il y en a encore plus sur le sprint, je l'ai vu avec le relais. Je me suis dit que c'était un autre monde. Et pourtant, je pensais qu'il y en avait déjà beaucoup sur 110m. Comme il y a plus d'affinités et de reconnaissance, on en voit moins. Mais cela arrive. Par exemple, je passais des haies sur le couloir 5, le gars du couloir 6 courait juste avant moi et il revenait sur mon couloir pour m'empêcher de courir. Je m'énervais et je lui disais : "get out". Et là, c'est fini, je n'ai pas le temps de m'échauffer, je n'ai pas fait mon réglage. Et lui fais "excuse, sorry". Mais j'étais énervé et je n'étais plus dedans, je regardais l'autre en me disant : "je vais te battre, je vais te battre, tu parles". Il faut rester dans sa bulle le plus longtemps possible.

Dans les starts : «Je ne pense qu'à mon départ»

Cela dépend qui est à côté de moi. Si c'est un mec qui part vite, je vais essayer de l'accrocher et prendre le moins de vent. Si c'est un mec qui ne part pas vite, il faut que je sois devant. Face à quelqu'un qui part vite, il faut que je l'accroche pour lui mettre de la pression pour qu'il panique parce que je ne pars pas terriblement bien. Ma course va s'adapter par rapport à cela, il ne faut pas que je panique si je prends un vent contre un mec qui part vite. Je ne pense qu'à mon départ et à partir de la 3e haie, j'accélère mais il faudrait que je rentre avant. C'est de l'entraînement. Il faut beaucoup plus s'investir et se mettre dans une position de compétition, pas d'entraînement.

La course : «Sur la dernière haie, je sors du tunnel»

Quand je sors dans la dernière haie, j'ai l'impression que je sors du tunnel et que j'ai le soleil qui revient sur moi, je ne suis pas encore à la ligne, je vois que cela s'éclaire et tout d'un coup, je me réveille et là, je commence à vraiment voir mes adversaires. Pourtant, je les ai vus, mais là je me dis : je suis 2e ou 3e ou 1er et je commence à calculer. Je me réveille. Avant, je suis dans une bulle où je n'entends que le souffle, les haies ou le mec qui touche. Je n'entends pas le public, je ne vois pas les flashes. C'est comme si j'étais sous l'eau et tout d'un coup je sors. Et là, je commence à vraiment entendre le public.Peut-être faudrait-il que cela s'ouvre plus tard, je ne sais pas ?

A l'arrivée : «J'arrive à analyser à 80% voire 90%»

Je reviens tout de suite dans la réalité. Parfois, ce n'est pas le cas, je ne sais pas ce que j'ai fait. Mais quand je suis dedans, je sais. Je sais analyser ma course tout de suite en règle générale. Je me dis "merde, là j'ai fait cette faute, là j'ai perdu du temps, là je n'ai pas été bon". J'arrive à analyser à 80%, parfois à 90%. Puis j'ai le retour du coach et nous sommes souvent d'accord. Parfois, nous ne sommes pas du tout d'accord et je me dis : "ah bon, j'ai fait cela, je n'ai pas du tout senti cela à ce moment-là". Après, je vois la vidéo et je me dis "Ah okay".

Le temps de l'analyse : «Putain, cette fameuse sixième haie...»

Je revis "grave" la course, notamment celles des Jeux et le record du monde du Chinois (Ndlr : 12"88 de Xiang Liu à Lausanne en 2006). Je revois quand j'étais à côté, en tête, j'ai touché et l'autre a continué. "Putain", cette fameuse 6e haie. Celle-là, je l'ai refaite plus que les autres. Les Jeux, je l'ai aussi beaucoup refaite dans ma tête mais pas sur place. Quand je suis revenu en France, je me suis rendu compte du truc. Au village, on est coupé du monde. On était plusieurs à avoir loupé nos Jeux, je n'allais pas dire : "Ah j'ai loupé"... Il y avait ceux qui avaient réussi et ceux qui avaient moins bien réussi, donc ça allait. Mais quand je suis rentré chez moi, tout le monde m'a sauté dessus et m'a dit : "Tu as déconné". Je me suis rendu compte. Aujourd'hui, je l'ai toujours dans le coin de ma tête, mais je n'y pense plus. J'y pense juste pour ne pas faire les mêmes erreurs.»

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