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JEUX OLYMPIQUES D'ETE

Dans la tête de... Romain Mesnil

Du 08 au 24 août 2008
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«LA VICTOIRE EST UNE CONSÉQUENCE»
Par Sophie DORGAN

Que se passe-t-il dans sa tête ? Du village à l'arrivée au stade en passant par le concours, Romain Mesnil nous fait vivre son cheminement. Pas à pas, le perchiste livre une part d'ombre de sa discipline.
Romain Mesnil va participer à Pékin à ses troisièmes Olympiades. (L'Equipe)
 
Romain Mesnil va participer à Pékin à ses troisièmes Olympiades. (L'Equipe)

«En général, je ne suis pas stressé, je n'ai pas peur, mais je pense toujours à l'événement même si j'essaie de ne pas trop y penser et de me relâcher le plus possible. Quand je pense à l'événement, les premières images me projettent après l'événement, je fais alors en sorte de les effacer complètement pour me concentrer sur ce que je dois faire exactement. Je me dis : « Ne pense pas à après mais à ce que tu dois faire aujourd'hui : tu dois passer des barres ». J'essaie de ne pas penser aux perches que je vais choisir car cela peut évoluer. Mon concours et mes perches sont déjà un peu dans ma tête, mais je ne me focalise pas là-dessus. Sur l'échauffement, cela peut évoluer. On peut se poser des questions : Est-ce que je prends cette perche plutôt que telle autre ? Il y a toujours des petits doutes qui arrivent car on est dans une période d'incertitudes, on est sur une arête. J'évite de penser aux adversaires. Je m'étais fait la réflexion à Osaka quelques jours avant, il y a dix perchistes qui pouvaient être champion du monde, on oublie donc les adversaires et on se concentre sur le franchissement des barres.

A l'arrivée dans le stade : «Je n'aime pas m'isoler»

Avec le coach, on arrive au stade relativement en avance. On pose le sac, on s'installe, on va chercher de l'eau, on s'allonge un petit peu. Généralement, on commence l'échauffement deux heures avant, on discute, on dit bonjour à quelques perchistes. On se croise en disant «ça va bien» en me pensant : «j'espère que tu ne vas pas très bien» (rires). Mais il y a une super ambiance entre perchistes, c'est sympa. On reste plutôt entre Français. Ensuite l'échauffement commence avec le petit footing toujours très décontracté où il faut chercher le relâchement, faire chauffer petit à petit. En général, je fais quelques talons-fesses ou montées de genoux, puis je commence mes étirements et on va à la chambre d'appel. Je n'écoute pas de musique, je n'aime pas du tout m'isoler, il faut que je sois au coeur de l'action, que je sois acteur. Si j'écoute de la musique, je suis spectateur. A la limite, il faudrait que je joue de la musique, il faut toujours que je sois moteur de ce que je fais. La musique, je me la chante dans ma tête, il m'arrive d'avoir une musique que j'ai entendu il y a six mois et je me la chantonne dans la tête.

Dans la chambre d'appel : «C'est décontracté»

Dans la chambre d'appel, c'est relativement décontracté. Il n'y a pas d'intox, mais dans les grands Championnats, on parle moins que dans les meetings. Le juge nous explique les règles. Puis je finis l'échauffement, je m'étire, on va faire pipi, on reprend de l'eau, on mange des barres de céréales, il faut combler le temps et essayer de ne pas penser à ce qui va se passer. On pense au moment présent. Parfois, on se projette un peu, mais pas trop. Il faut bien s'étirer. On sent souvent une petite tension à un muscle, en général tout ressort dans ces moments-là. Le but est de souffler et de rester calme. Puis on est appelé, on suit à la queue-leu-leu.

L'entrée dans le stade : «Le coeur bat plus vite»

On rentre dans le stade avec le coeur qui bat un peu plus vite. Puis ça passe, on va vérifier nos perches, on prend nos marques, on commence à faire quelques accélérations. Puis ce sont les sauts d'échauffement. En arrivant dans le stade, la première chose est de regarder le vent. Face ou de dos ? Ouf, c'est bon il est de dos. De face, c'est pénible. Pourtant je m'aperçois que j'ai tendance à être meilleur que les autres avec le vent de face. Dans ma tête, je ne me démonte pas du tout dans ces conditions alors que les autres ont tendance à être déstabilisés. A Osaka, à 5,86 mètres, le vent s'est mis de face et cela n'a plus été pareil.

Choix des perches après l'échauffement

Après le petit coup de stress à l'arrivée, cela redescend car on sait exactement ce qu'on a à faire. C'est presque du chronométrique. J'ai souvent l'oeil rivé à ma montre. Il me reste tant de temps, je vais donc faire cela. Les sauts d'échauffements servent à prendre nos marques et à prendre contact avec la piste qu'on n'a pas sentie, avec le butoir. L'échauffement a un côté déterminant, on sent si les perches déplacent bien et c'est là qu'on va déterminer la stratégie du concours, être plus précis. Je fais des sauts sur des petites perches, puis des sauts sur élan complet et là, je prends les sensations suivant le déplacement de ma perche. Je n'essaie pas de passer des barres à l'échauffement, le but est juste d'avoir des sensations. Le feeling arrive et on choisit telle ou telle perche et la barre aussi. J'ai des idées, mais je choisis sur le terrain après l'échauffement. On en a discuté avec le coach mais on peut changer d'idée au dernier moment. On se met un peu dans une bulle. Je prends toujours un moment pour regarder ce qui se passe autour de moi quand je rentre dans le stade, je m'imprègne de l'environnement, après je n'y pense plus.

«Le premier saut le plus difficile»

Lors du premier saut, cela palpite, le coeur bat très fort. C'est dur, c'est hyper stressant, le premier saut est le plus difficile. Mon coach me dit toujours qu'il faut réussir le premier saut. A Osaka, j'ai raté le premier saut et cela s'est bien déroulé derrière. Si on rate le premier saut, cela dépend pourquoi. Si on sait pourquoi et qu'on arrive à corriger le tir, c'est reparti. On a une analyse sensitive, puis une pause. Quand cela passe, il n'y a pas trop d'analyse à faire. Quand cela ne passe pas, on se dit comment j'ai senti cela puis on va voir le coach qui nous donne son retour et en fonction de tout cela, on fait les choix en conséquence.

«Penser à la victoire, c'est déjà être spectateur»

Il ne faut surtout pas penser à la victoire. J'évite toujours, on est là pour franchir des barres les plus hautes possibles, c'est cela qui donne la victoire. Penser à la victoire, c'est déjà être spectateur. La victoire est une conséquence. Moi, c'est franchir les barres les plus hautes possibles les unes après les autres tout en restant concentré. C'est très rare qu'on sache que c'est le saut victorieux. La victoire est plutôt liée au moment où l'autre échoue, c'est triste à dire mais c'est vrai. On a fini son concours et on attend. On n'a envie que d'une chose : c'est que les autres se plantent, c'est malheureux à dire, mais c'est vrai. On donne la claque sans y croire. On sait que cela ne sert à rien parce que ce n'est pas cela qui va le faire sauter plus ou moins haut. Mais on le fait pour le geste sportif. Quand cela ne passe pas pour son adversaire, c'est un soulagement parce qu'on a peur d'être dégommé de la boîte. Le rêve est de faire le saut qui permet d'être champion et après c'est fini. Mais il y a peu de concours où cela se passe comme cela.»

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