Du stage de préparation à Tignes à la qualification en finale de la Coupe du monde, des péripéties du premier tour au chef d'oeuvre contre le Brésil, revivez les dernières semaines de la carrière de Zinedine Zidane

21 MAI, TIGNES. Ça commence ici. L'équipe de France prépare dans la station savoyarde l'opération Coupe du monde qui doit la mener jusqu'au 9 juillet. Potentiellement, il reste à Zidane dix matches dans sa carrière. Le film dont il est le héros unique, «Zidane, un portrait du XXIe siècle», est projeté à Cannes le lendemain du rassemblement. Il ne fera pas le déplacement. Le groupe a déjà passé un pacte : tolérance zéro sur l'éparpillement. Seuls comptent la performance et le don de soi. Zidane lui-même avait tracé cette indispensable feuille de route au printemps. Deux semaines après ses émouvants adieux à Madrid, il entame une dernière oeuvre avec son équipe de toujours, les Bleus. Dans sept semaines au plus tard, il ne sera plus un joueur de football. (Photo L'Equipe)
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1621 MAI, TIGNES. Ça commence ici. L'équipe de France prépare dans la station savoyarde l'opération Coupe du monde qui doit la mener jusqu'au 9 juillet. Potentiellement, il reste à Zidane dix matches dans sa carrière. Le film dont il est le héros unique, «Zidane, un portrait du XXIe siècle», est projeté à Cannes le lendemain du rassemblement. Il ne fera pas le déplacement. Le groupe a déjà passé un pacte : tolérance zéro sur l'éparpillement. Seuls comptent la performance et le don de soi. Zidane lui-même avait tracé cette indispensable feuille de route au printemps. Deux semaines après ses émouvants adieux à Madrid, il entame une dernière oeuvre avec son équipe de toujours, les Bleus. Dans sept semaines au plus tard, il ne sera plus un joueur de football. (Photo L'Equipe)
1627 MAI, STADE DE FRANCE. La France bat le Mexique (1-0) en amical le jour où Zidane dispute son dernier match au Stade de France et reçoit sa centième sélection. Il est méconnaissable, encore moins en jambes que lors de ses matches les moins rassurants avec le Real Madrid. A-t-il déjà été moins dense en équipe de France ? «La Rolls est en panne» s'alerte L'Equipe. Willy Sagnol rassure tout le monde le lendemain : «Il y a trois jours, nous étions sur un glacier à 3600 mètres d'altitude. J'avais des crampes à la fin du match. Avant de m'inquiéter pour la condition de Zidane, je devrais m'inquiéter de la mienne.» (Photo L'Equipe)
1631 MAI, STADE BOLLART, LENS. La France bat le Danemark (2-0). Zidane ne fait l'impasse sur aucun match de préparation, malgré le souvenir douloureux d'une blessure contractée en amical à six jours du début de la Coupe du monde 2002. Il se rode dans le système à deux attaquants mis en place par Raymond Domenech, en 4-3-1-2. Zidane trouve que «deux attaquants», c'est «la bonne solution». Chacun comprend qu'il a pesé de toute son influence. Après Cissé-Trezeguet, il joue avec Henry-Saha devant lui. Les sensations sont bien meilleures que face au Mexique. (Photo L'Equipe)
167 JUIN, STADE GEOFFROY-GUICHARD, SAINT-ETIENNE. La terrible blessure de Djibril Cissé efface tout le reste : la victoire in extremis contre la Chine (3-1), et le penalty manqué par Zidane, lorsqu'il glisse sur la pelouse grasse, à 0-0, quelques minutes après la fracture qui abat le joueur de Liverpool. C'est aussi son dernier match en France. Le Président de la République est venu voir ça. Sidney Govou est rappelé quelques heures plus tard. Un joueur de couloir. Personne ne l'a encore saisi, mais la France va revenir à un système à un attaquant, celui de la fin des qualifications. Mais le système reste bâti autour de Zidane. (Photo L'Equipe)
1611 JUIN, HAMELN. La Coupe du monde va commencer. Personne ne sait quel Zidane va y participer. Avant France-Suisse, Claude Makelele décrit les raisons pour lesquelles son ex-équipier à Madrid est un joueur spécial. «Zidane est un joueur intelligent. Il sait se déplacer par rapport aux milieux et aux défenseurs qui le marquent pour être libre et recevoir le ballon dans de bonnes conditions. Il a ce secret-là qui fait de lui un joueur à part». Tout cela est vrai, mais Zidane montrera beaucoup plus que ça... (Photo L'Equipe)
1612 JUIN, STUTTGART. Demain, la Coupe du monde commence. Zidane en personne vient la lancer. Il ne donnera plus de conférence de presse jusqu'à la finale. A vrai dire, il est agacé. Les micros marchent mal, et il n'a pas envie d'être là. «Comment vous sentez vous ?» «Bien.» «Et physiquement ?» «Bien, bien.» Le capitaine des Bleus dénonce le manque de soutien et de confiance vers l'équipe. «Comme en 1998», même s'il consent que «c'était pire». Il dit énormément de bien de Ribéry, «qui deviendra quelqu'un d'important». Il n'a pas envie de «se faire mal à la tête» en comparant le groupe actuel à ceux qu'il a connu avant. Il veut jouer la Coupe du monde. «On doit se la faire», lâche-t-il.
1613 JUIN, STUTTGART. La France et la Suisse débutent la Coupe du monde par un 0-0. Zidane tire son épingle du jeu dans une équipe de France inhibée. La rencontre est marquée par une très vive discussion avec William Gallas sur l'élasticité du bloc français. Un secret de plomb pèse sur le contenu des débats. Willy Sagnol : «Un terrain fait 100 mètres sur 70. Si on n'est pas dans les dix mètres autour de la conversation, on a du mal à entende les choses.» Mais le verbe semble haut. «Il n'y a pas de malaise» dédramatise Malouda. «Il est capitaine de l'équipe, ça n'a rien d'exceptionnel», ajoute Domenech. En tout cas, dès le match suivant, la défense française évoluera plus haut. (Photo L'Equipe)
1614 JUIN, AERZEN. Le 0-0 contre la Suisse a rassuré Zidane sur son niveau du moment, mais il pressent que l'équipe part de plus loin que prévu. Il échange ses vues avec Raymond Domenech, qui l'écoute, surtout. Il n'a aucune connivence avec le sélectionneur, à qui il a omis de taper la main à sa sortie du terrain le 27 mai. Mais il l'écoute sur le changement de système de jeu. La France restera en 4-2-3-1, entre autres car Vieira est bien meilleur dans l'axe qu'au poste de milieu droit. L'intéressé résumera ainsi la méthode : «Il y a une discussion avec le sélectionneur qui rentre en compte dans le choix final. 0n lui dit comment on ressent les choses mais il est le patron. L'essentiel est qu'il y ait débat sur tout. On donne notre point de vue et c'est lui qui décide.» (Photo L'Equipe)
1618 JUIN, LEIPZIG. La France et la Corée du Sud font match nul (1-1). Zidane reçoit un deuxième carton jaune en deux matches, sévère, encore. Il sera suspendu pour France - Togo. Pour «préparer» l'avenir, Raymond Domenech le remplace par David Trezeguet à la dernière minute. L'image est saisissante : Zidane semble hors de lui. Aucun regard. La distance entre le capitaine et l'entraîneur semble abyssale. «C'est de la pure spéculation, jurera Domenech. Cela fait deux ans qu'on me sort ça. Ce n'est pas gênant. Ce sont des interprétations. Chacun fait son boulot. Lui le fait bien. Il est le relais du groupe auprès de tous les techniciens.» La rage aurait conduit le capitaine des Bleus à enfoncer une porte dans les couloirs du stade, selon son directeur. Démenti outré de l'intéressé. Parole contre parole. (Photo L'Equipe)
1623 JUIN, COLOGNE. Comme à Lens en 1998 pendant France-Paraguay (1-0 a.p.), comme lors de France-Sénégal (0-1) et France-Uruguay (0-0) en 2002, Zidane doit subir un match capital en dehors de l'équipe, suspendu. Tiens, tiens : que des matches où la France n'avait pas emporté le morceau après 90 minutes. Un tel résultat éliminerait les Bleus. Zidane se réfugie dans le vestiaire, avec l'autre banni Eric Abidal, pour constater que les Bleus imposent une attaque-défense aux Africains, mais sans trouver l'ouverture avant cinquante-cinq très longues minutes. Des bouteilles d'eau éclatent à chaque raté. Vieira et Henry font en sorte (2-0) que Zidane n'a pas arrêté sa carrière contre la Corée du Sud. La Coupe du monde peut commencer. (Photo L'Equipe)
1627 JUIN, HANOVRE. Marca a annoncé que l'Espagne allait mettre «Zidane à la retraite». Fait de plus en plus rare, le capitaine s'arrête dire quelques mots aux journalistes après le match. «J'ai envie de leur dire que ce n'est pas pour aujourd'hui». La France vient de surclasser à la fois l'équipe d'Aragones et tout ce qu'elle avait produit jusqu'ici au cours de l'ère Domenech. Comme un symbole, Zidane, le «papy» de 34 ans qu'avait décrit «Bild» quelques jours plus tôt, marque au bout du temps additionnel avec une maîtrise délicieuse. Dans un système légèrement réorienté en 4-4-1-1, il se place comme un attaquant de soutien et défend énormément. Mais le doute n'est plus permis : il en a le coffre. (Photo L'Equipe)
161er JUILLET, FRANCFORT. Zidane choisit le remake de l'affiche qui l'a fait roi pour tout remettre à sa place. Contre le Brésil, il réalise un match époustouflant sur le plan technique, toujours utile sur le plan collectif, l'un des plus grands chef d'oeuvres de sa carrière. Tous les qualificatifs sont ressortis des cartons (pour le même Bild, Zidane est. un Dieu). Le lendemain, dans les rues allemandes, tous les Français sont apostrophés : «Ah, Zidaaaane», et la bise sur le bout des doigts qui va avec. Il frappe un coup franc parfait pour servir Henry sur le but (1-0). La rumeur court : encore deux matches comme ça, et il sera Ballon d'Or, même pour une demi-saison. Thuram : «Quand on le voit jouer, on se dit soit que beaucoup d'autres devraient arrêter, soit que lui devrait continuer.» (Photo L'Equipe)
165 JUILLET, MUNICH. Une demi-finale de Coupe du monde, ce n'est pas tout à fait un match amical à Saint-Etienne. Cette fois Zidane ne manque pas son penalty. Sa frappe ne laisse aucun espoir à un Ricardo pourtant totalement à l'horizontale et parti du bon côté. Un peu comme en 2000, le n°10 des Bleus terrasse le Portugal sur un coup de pied de réparation (1-0). Après son but, il lève les bras au ciel. L'interprétation la plus simple veut qu'il dédie ce but à Jean Varraud, l'homme qui l'a découvert et qui s'est éteint deux semaines plus tôt. Il y a 19 ans, il avait été frappé par un jeune cadet qui avait «des mains à la place des pieds» dans le petit club de Septèmes. (L'Equipe)
167 JUILLET, HAMELN. Dans deux jours, l'équipe de France disputera la finale de la Coupe du monde et Zidane, l'ultime match de sa carrière. Il n'y avait jamais eu autant de monde aux conférences de presse des Bleus. Les journalistes du monde entier n'ont qu'un mot en bouche : Zidane. Govou livre un dernier témoignage. «Nous ne sommes pas bluffés par ce qu'il réalise, pas du tout. Ce qu'il fait en match, il le fait à l'entraînement. Dans le groupe, c'est un simple, à l'écoute, normal. Son dernier match, ça peut être une chose qui peut nous porter, nous transcender. On ne va pas jouer pour ceux qui vont arrêter, ce serait réducteur, mais ça peut nous aider à faire les efforts, les dix mètres en plus lors de la dernière course.» (Photo L'Equipe)
169 JUILLET, BERLIN. Zidane a réussi à faire coïncider le dernier match de sa carrière avec une finale de Coupe du monde. C'est parfaitement inouï et unique dans l'histoire du football, aucun des très grands hommes de ce jeu n'ayant choisi d'arrêter en sélection, encore moins à ce niveau. En finale, il retrouve l'Italie. Le pays où le virtuose a mué en champion, sous le maillot de la Juventus, à partir de 1996. C'était sous la direction de Marcello Lippi, actuel sélectionneur italien. Lippi lui avait rendu un hommage bouleversant en avril, au moment de l'annonce de sa retraite («Je suis honoré d'avoir été l'entraîneur de Zidane, je suis convaincu qu'il m'a donné bien plus que ce que j'ai pu lui donner»). Il considère Zidane comme «le meilleur joueur des vingt dernières années». Depuis Maradona, en somme. Depuis que Zidane est Zidane, il y avait toujours un petit quelque chose qui empêchait de voir en lui l'égal d'un Pelé, d'un «Pibe de Oro», même d'un Platini. Pas assez buteur, pas assez leader... La place de Zidane dans l'histoire du jeu ne résistera à aucune analyse de ce type, dimanche, en cas de deuxième Coupe du monde au palmarès. (Photo L'Equipe)
1611 JUILLET, BERLIN. Son dernier match démarre comme une épopée héroïque. Dès la 7e minute, il ouvre la marque d'une frappe en rupture face à Gianluigi Buffon, meilleur gardien du monde, et inscrit son troisième but en finale d'un Mondial. Presque 100 minutes plus tard, il a la victoire au bout de la tête mais sa reprise est repoussée admirablement. C'est un autre coup de tête moins bien placé qui clôt sa carrière professionnelle. Il réagit violemment après été insulté par Marco Materazzi, «une insulte de celles qu'on s'entend dire des dizaines de fois et qui nous échappent souvent sur le terrain». Le capitaine des Bleus rejoint les vestiaires en pleurs d'où il vit la défaite de ses coéquipiers aux tirs au but. (L'Equipe)
































