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JEUX OLYMPIQUES ATHLÉTISME
Raquil, la blessure de trop
Blessé mardi au mollet gauche, le médaillé de bronze sur 400 m des Mondiaux de Paris doit renoncer aux JO.
IL ÉTAIT ARRIVÉ LUNDI SOIR au Centre national de rugby de Marcoussis (Essonne), base arrière de l’équipe de France d’athlétisme avant les Jeux Olympiques d’Athènes. À trois jours de son départ théorique pour la Grèce, Marc Raquil, vingt-sept ans, s’était installé chambre 34 en compagnie d’un autre coureur de 400 m, Abderahim el-Haouzy. Lors de la visite, mardi, du ministre des Sports, Jean-François Lamour, on avait trouvé le grand Marc aussi fuyant que tendu. Alors que les journalistes envahissaient le CNR, le médaillé de bronze sur 400 m des derniers Mondiaux de Paris avait fait savoir qu’il ne parlerait que le lendemain, c’est-à-dire hier matin. Entre-temps, Marc Raquil avait prévu d’effectuer une séance au stade Sous-la-Lune de Nogent-sur-Marne, son habituel lieu d’entraînement. Au programme, « de la résistance spécifique sur 400 m, des allures de course pour rassurer Marc », raconte son entraîneur, François Pépin. Après un premier 200 m très convenable en 22’’, Raquil s’élance pour un deuxième effort, sur 250 m. « À mi-course, il a ressenti une douleur aiguë au mollet gauche, et il s’est arrêté. Pas la peine de se parler, on a tout de suite su que les carottes étaient cuites », témoigne Pépin. À l’autre bout du stade, Leslie Djhone ne comprend pas tout de suite. Celui qui a « piqué » son record de France (44’’64 contre 44’’79) à Marc Raquil dimanche dernier à La Chaux-de-Fonds (Suisse) est alors totalement concentré sur sa séance. Il voit à peine son coéquipier enlever ses pointes sans un mot, avant de quitter le stade Sous-la-Lune et de retourner aussitôt à Marcoussis, où il doit montrer sa blessure au médecin fédéral Philippe Deymié. Le diagnostic tombe rapidement : lésion musculaire du mollet gauche. Une nouvelle blessure, celle de trop. Après avoir cumulé du retard à l’entraînement durant cet hiver (lire par ailleurs), Marc n’a pas pu effectuer ce grand retour « à la Raquil » qui lui aurait permis d’être prêt, sur le fil, pour les Jeux d’Athènes. Dernier avant la dernière ligne droite de la finale du 400 m des derniers Mondiaux de Paris, il avait remonté cinq concurrents pour s’emparer, d’un cheveu blond, d’une inattendue médaille de bronze. Cinq jours plus tard, le 31 août, il emmenait ses copains du relais 4 × 400 m, Leslie Djhone, Naman Keita et Stéphane Diagana, vers une médaille d’argent qui devrait prochainement se transformer en or suite au déclassement de l’Américain Calvin Harrison. Objet d’innombrables sollicitations, parfois très loin du sport, le héros peut-être le plus emblématique de « nos » Mondiaux 2003 s’est réfugié, hier, dans un silence absolu. « Je n’ai pas essayé de l’appeler, il faut le laisser un peu tranquille », conseillait Leslie Djhone depuis Marcoussis. Le p’tit frère du grand blond peroxydé s’envolera seul aujourd’hui pour la Grèce, avec ses belles ambitions de podium puisqu’il s’alignera aux Jeux (premier tour du 400 m le 20 août) avec le quatrième meilleur temps des engagés. « L’été dernier, aux Mondiaux de Paris, on s’était aidés mutuellement, on avait passé tous les tours ensemble », se souvient Djhone, avant de confier tristement : « Là, je vais être tout seul, ça va me faire un gros vide… »
Poirier : « Suivez son exemple »
Sur 4 × 400 m aussi (surtout ?), Marc Raquil risque de manquer. « Je continue à dire que notre relais est médaillable », persiste pourtant le directeur technique national Robert Poirier. Lui-même forfait à cause d’une blessure au mollet droit, Stéphane Diagana le pense aussi, mais s’inquiète quand même un peu. « Marc va manquer par sa personnalité, mais aussi chronométriquement parlant. Il a remporté les Championnats de France (du 16 au 18 juillet à Sotteville-lès-Rouen) en 46’’21. Après un bon mois de travail, il aurait pu courir en 45’’’5, voire 45’’3. Et il n’y a pour l’instant que Leslie qui soit à ce niveau-là. » Les autres membres du relais tricolore pointent respectivement à 45’’74 (Keita), 45’’76 (Wade), 45’’86 (Douhou), 45’’90 (El-Haouzy) et 45’’98 (Foucan). Consultant de France Télévisions à Athènes, Stéphane Diagana a bien sûr commencé à estimer la valeur de l’opposition. « À Paris, grâce à Marc et à Leslie, la France alignait une équipe avec deux garçons en moins de 45’’, ce que seuls les États-Unis et la Jamaïque pouvaient aussi se permettre. Là, on va beaucoup plus se retrouver dans la configuration des derniers Jeux de Sydney (les Français avaient fini quatrièmes). Pour monter sur le podium, il va falloir se battre contre des pays comme l’Afrique du Sud, les Bahamas, et même le Zimbabwe, si, en plus de leurs deux coureurs en 45’’ ou moins (Banda en 44’’58 et Nyongani en 45’’09), ils peuvent aligner deux gars en 46’’. » La finale du 4 × 400 m hommes sera la dernière course de ces XXVes Jeux Olympiques d’Athènes. D’ici là, les désormais soixante athlètes français engagés en Grèce devront avoir une pensée pour leur coéquipier resté à la maison. Hier matin, à Marcoussis, le DTN a ainsi conclu son discours à la délégation : « Vous gagnerez ensemble, à l’image de la dernière ligne droite de Marc Raquil à Paris. Suivez son exemple. »
FRÉDÉRIC BERNÈS
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