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FOOTBALL ÉQUIPE DE FRANCE
Zidane tire sa révérence
Zinédine Zidane annoncera ce soir, sur Canal +, qu’il quitte l’équipe de France. Si Raymond Domenech n’était pas venu lui rendre visite au Real Madrid, la semaine dernière, Zinédine Zidane aurait peut-être annoncé plus tôt sa décision, prise de longue date : après 93 sélections et dix ans en bleu, il quitte l’équipe de France, à trente-deux ans. Il s’en expliquera ce soir, à 19 h 45, sur Canal +, dans un entretien avec Michel Denisot. AU FOND, TOUT LE MONDE savait confusément que le voyage de Raymond Domenech à Madrid, le mardi 3 août dernier, n’était même pas celui de la dernière chance. Tout le monde sentait que cette dernière chance était passée, déjà, et que Zinédine Zidane avait pris sa décision depuis trop longtemps pour qu’elle puisse être remise en cause par la visite du nouveau sélectionneur. Il l’avait reçu avec courtoisie, dans une curiosité partagée des arguments de l’autre, mais ces arguments étaient trop antagonistes : le joueur avait expliqué pourquoi il désirait s’arrêter, le sélectionneur avait avancé les raisons de continuer. Au sortir de ce dialogue, Zinédine Zidane avait décidé de se donner un peu de temps. Mais le temps qui passe, depuis plusieurs mois, l’a toujours rapproché de la sortie, inexorablement. Alors, le meneur de jeu de l’équipe de France depuis dix ans, le double buteur de la finale de la Coupe du monde 1998 face au Brésil (3-0), l’inspirateur génial et brillant du triomphe de l’Euro 2000, qui restera sa plus belle phase finale, annoncera ce soir qu’il quitte l’équipe de France. Tout juste pourrait-il laisser une dernière porte ouverte, en envisageant, par exemple, de donner un dernier coup de main, uniquement dans l’intérêt supérieur du footbal français si d’aventure les Bleus en avaient un jour réellement besoin. Zidane s’exprimera sur Canal +, à 19 h 45, et répondra pendant une dizaine de minutes aux questions de Michel Denisot. Il prononcera ainsi les mots que plus de 60 % de Français, selon les récents sondages, ne voulaient pas entendre. Il ne portera ainsi plus qu’un seul maillot, celui du Real Madrid, qui aura jusqu’en 2007, jusqu’au seuil de ses trente-quatre ans, l’exclusivité de son génie.
Un livre se referme
Zinédine Zidane s’efface dix ans après ses débuts internationaux à Bordeaux face à la République tchèque (2-2), où, remplaçant, il avait sauvé les Bleus grâce à un doublé qui lançait son étonnante vie de buteur en bleu, où il aura marqué deux fois plus qu’en club (26 buts en 93 sélections). Il s’efface au lendemain d’un Euro 2004 qu’il aura marqué de son empreinte, grâce à son doublé dans le temps additionnel contre l’Angleterre (2-1), mais qui restera un échec collectif, et une phase finale au cours de laquelle certains ressorts semblent s’être brisés aux yeux des cadres. Et la Coupe du monde 2002 en avait déjà rompu quelques-uns. On ne connaîtra peut-être jamais la vérité, parce que Thuram, Lizarazu et Zidane semblent décidés à emporter leurs secrets dans leur retraite internationale, mais il est clair que la vie collective au Portugal n’a pas poussé les trentenaires à s’engager pour deux saisons de plus auprès d’une jeune génération avec laquelle ils n’ont pas partagé la même exigence. Cette déception, survenue deux ans après l’échec de la Coupe du monde en Corée, s’est superposée à la lassitude mentale qui gagne des joueurs qui ont autant donné, et à une lassitude physique, aussi : avec sept ou huit matches internationaux de moins dans la saison, Zidane pourra mieux se préparer, mieux récupérer, mieux rester au sommet avec le Real. La pénible fin de carrière de Marcel Desailly a pu pousser, aussi, « Zizou » à s’interroger sur le joueur qu’il sera à trente-quatre ans, en juin 2006, au moment de la Coupe du monde en Allemagne, après deux saisons galactiques supplémentaires sur tous les terrains d’Espagne et d’Europe. Il devrait s’expliquer sur tout cela, ce soir, dans un entretien dont on pressent l’émotion, et qui fera plus que tourner une page : il refermera le livre. On ne peut pas totalement parler des années Zidane, pour évoquer les dix années écoulées, comme on résuma la période 1976-1987 aux années Platini, car les plus belles années Zidane, en bleu, furent aussi les années Deschamps. Le génie et le brassard, le brio et l’influence, n’étaient pas, cette fois, concentrés sur le même homme, mais lorsque l’un et l’autre furent au sommet, l’équipe de France fut irrésistible. Sous les pas du génie qui s’éloigne s’ouvre un gouffre : il n’a pas toujours été simple de jouer avec lui, et Jacques Santini n’est pas parvenu, au Portugal, à régler la double négation ni meneur de jeu axial, ni joueur de couloir, que posait le statut particulier d’un joueur à part ; mais il sera bien plus compliqué de jouer sans lui. Car, depuis la Coupe du monde 2002, Zinédine Zidane s’était arraché à sa timidité originelle pour devenir un leader et, souvent, un capitaine. Le regroupement qu’il avait orchestré après le deuxième but croate, à Leiria, était une marque d’autorité, de sens collectif, et du refus de la défaite. Les Bleus, ce soir, ne seront pas seulement orphelins de son jeu ; ils perdront aussi son caractère, son rayonnement. Zinédine Zidane s’en va, et il y aura une équipe de France après lui. Mais des quatorze joueurs qui ont disputé la finale de la Coupe du monde 1998, il ne reste plus que Fabien Barthez, le plus âgé (trente-deux ans), le seul qui ait joué en Espoirs avant que Raymond Domenech n’en soit le sélectionneur, et Patrick Vieira. Celui-ci sera le nouveau capitaine de l’équipe de France. Il sera aussi, peut-être, le seul joueur français à évoluer aux côtés de Zinédine Zidane cette saison. Il s’est écoulé six ans depuis 1998, et tout a changé. C’est un cycle habituel dans un sport collectif : en six ans, toutes les équipes changent. Mais ce qui rend le bouleversement spectaculaire, c’est que les champions du monde 1998, qui étaient ensemble depuis 1996, ont duré longtemps ensemble. Et qu’aujourd’hui, ils partent ensemble. Avec l’annonce de la retraite internationale de Zinédine Zidane par lui-même, ce soir, s’évaporera enfin l’illusion de la continuité, qui aura été balayée par les échecs de la Coupe du monde 2002 et de l’Euro 2004. Quelques héritiers restent, mais 1998 et 2000 appartenaient à une autre équipe. Zidane s’en va. Voilà, c’est fini.
VINCENT DULUC
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