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L'Equipe du Jeudi 12 Aout 2004 Retourner au sommaire Télécharger l'édition complète en pdf Télécharger Acrobat Reader
 

 
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Edwards devant le TAS


DOPAGE

Edwards devant le TAS

Suspendue deux ans par l’USADA sur recommandation de l’IAAF, l’Américaine fait appel devant le Tribunal arbitral

du sport.

ATHÈNES

de notre envoyé spécial

L’AGENCE AMÉRICAINE antidopage (USADA) a rendu public hier, via un communiqué, ce qui était devenu un secret de Polichinelle depuis le week-end dernier : « Torry Edwards a été suspendue deux ans pour une première infraction au règlement antidopage après avoir été testée positive à la nicéthamide (...), un stimulant interdit. »

En fait, dès dimanche, à Munich, où les États-Unis rencontraient l’Allemagne et la France dans un match triangulaire amical, l’information avait déjà été reprise pour sûre par de nombreux médias. En fait, Emanuel Hudson, l’agent de la sprinteuse qualifiée pour les Jeux sur 100 m et 200 m, confiait hier soir à L’Équipe depuis son bureau de Los Angeles qu’il tenait la décision du TAS depuis samedi, de la bouche même de Travis Tygart, le directeur des affaires juridiques de l’USADA.

Au point que le HSI, la société de Hudson, avait voulu saisir dès lundi le Tribunal arbitral du sport (TAS), le dernier recours possible d’Edwards. Mais mardi, Matthieu Reeb, le secrétaire général du TAS, lui répondait que le TAS « n’est pas en position d’initier » une telle procédure d’arbitrage tant que l’athlète n’est pas officiellement suspendue par l’autorité compétente, en l’occurrence l’USADA. « On a fait appel trop tôt », s’amuse Hudson, totalement désabusé.

C’est que le temps presse. Les Jeux d’Athènes débutent demain et le premier tour du 100 m féminin aura lieu vendredi prochain. Edwards, qui n’a plus couru depuis la fin des Sélections US à Sacramento (le 18 juillet), s’y prépare d’ailleurs toujours activement en Crète, où l’équipe américaine a fixé son camp de base préolympique. Hudson devait donc reformuler « aujourd’hui (hier) ou demain (aujourd’hui) » sa demande d’arbitrage. Et il s’enquerrait hier des vols pour Athènes afin d’être présent lorsque le TAS se réunira.

Victime d’une décision

« très politique »

Car l’homme de loi dit « ne pas croire beaucoup aux jugements à distance : je préfère que Torry soit entendue par le TAS et qu’elle puisse s’expliquer de son cas les yeux dans les yeux ».

Ce qui est sûr, c’est que le TAS, qui a pris ses quartiers à Athènes pour pouvoir statuer au plus vite durant les Jeux, pourra se réunir et se prononcer dans les 24 heures suivant la réception de l’appel. Hier soir, à Athènes, Matthieu Reeb nous avouait que le TAS, dont les bureaux étaient fermés, n’avait encore rien reçu. « Cette nuit, j’appellerai son avocate en Californie pour savoir si elle envoie un fax pour nous saisir officiellement et nous serons prêts, demain matin, à la première heure », expliquait-il. Selon lui, le TAS n’a jusqu’ici eu à traiter qu’un cas de nicéthamide, « qui concernait un pongiste suisse anonyme et il a été condamné à trois mois ».

Soit la même sanction que celle infligée par la Fédération internationale d’escrime à la française Laura Flessel, positive pour avoir pris le même médicament qu’Edwards (la coramine glucose) et qui fut suspendue du 19 septembre au 19 décembre 2002. Même si la biathlète russe Albina Akhatova avait, elle, été blanchie par l’EBU pour le même produit, remportant l’an passé deux médailles d’or mondiales un mois et demi seulement après son contrôle positif, le clan Edwards ne semble plus guère se faire d’illusions dans la perspective des Jeux. Il faudrait en effet que le TAS ramène sa suspension à seulement deux mois pour que ses performances à Sacramento (du 9 au 18 juillet) soient conservées, le contrôle positif de l’athlète remontant au 24 mai dernier, lors du meeting de Fort-de-France. Hudson a le sentiment que Edwards est la victime d’une décision « très politique » visant plus généralement à envoyer un message fort aux Américains. Après avoir convaincu la cour d’arbitrage américaine (American Arbitration Association) de sa bonne foi, arguant qu’elle avait pris en Martinique, sous forme de tablettes, un médicament qu’elle pensait être du sucre, la commission ad hoc de l’IAAF a balayé les « circonstances atténuantes » envisagées par l’AAA, recommandant deux ans de suspension à l’UASADA. Une préconisation extrêmement lourde, prise au plus haut sommet de l’IAAF par un panel composé d’Arne Ljungqvist, l’intransigeant président de la Commission médicale du CIO, Lamine Diack, le président de l’IAAF lui-même, et Roberto Gesta de Melo. Pour Hudson, Edwards a été jugée avant même d’être écoutée. Nul doute qu’il se satisferait de trois mois…

NICOLAS HERBELOT (avec D. R.)