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CYCLISME
BERNAUDEAU EN LIGNE
Après des mois de tractations, le manager vendéen a enfin pu dévoiler hier le nom du repreneur de son équipe : Bouygues Télécom. Hier, Jean-René Bernaudeau a bouclé son contre-la-montre le plus éprouvant. Depuis la mi-mai, et l’annonce du retrait de son sponsor, Brioches La Boulangère, le manager vendéen multipliait les contacts afin de lui trouver un remplaçant. En signant un partenariat avec Bouygues Télécom, la filiale de télécommunications du puissant groupe français, il dit avoir « gagné un pari plus que difficile ». JEAN-RENÉ BERNAUDEAU est un homme heureux. Hier, à Boulogne-Billancourt, il a signé avec Bouygues Télécom, l’entreprise de téléphonie mobile du groupe Bouygues (voir ci-dessous), un contrat qui sauve son équipe et la soixantaine de personnes qui travaillent à ses côté, pour le club amateurs de Vendée U-Pays de la Loire ou la structure professionnelle Brioches La Boulangère. « Je suis soulagé, confiait le manager de Brioches La Boulangère, encore sous le coup de l’émotion. Et je suis fier de mon encadrement, fier pour tous ceux qui me sont restés fidèles, alors que ça n’était pas évident ! » Depuis l’annonce à la mi-mai du retrait de Brioches La Boulangère, Jean-René Bernaudeau cherchait un repreneur capable d’investir suffisamment d’argent pour garantir à son équipe une participation à l’UCI Pro-Tour dès 2005. Et si, hier matin encore, il hésitait entre trois propositions sérieuses, son choix s’est arrêté sur Bouygues Télécom, troisième entreprise de téléphonie française, qui donnera son nom à la nouvelle formation. « Ils se sont montrés très intéressés par notre politique de développement, explique le Vendéen. Ils veulent nous aider à faire grandir nos mecs et nous donnent pour cela les moyens d’entrer dans le circuit Pro-Tour. Notre rigueur, notre convivialité les ont touchés. Ils ont beaucoup lu ce qui s’est écrit sur nous et ils ont pu constater que le dossier que je leur présentais correspondait à la réalité. On leur a paru authentique. » De son côté, Bernaudeau dit avoir retrouvé chez ses interlocuteurs, et notamment chez le président du groupe, Gilles Pélisson, « des valeurs qui étaient un peu les nôtres, le dynamisme et la fraîcheur ». « Ils ont beaucoup bossé, continue-t-il, ils sont arrivés au premier rendez-vous en sachant tout de nous. » Pour le moment, la durée d’engagement de ce nouveau sponsor et la somme qu’il entend consacrer à l’équipe restent secrets, mais on parle d’un partenariat au long cours, jusqu’au moins 2007, et d’une hausse évidente des finances, sachant que l’actuel budget de Brioches La Boulangère avoisinait les 6 millions d’euros. « Bouygues ne sera pas notre unique soutien, tenait cependant à préciser Jean-René Bernaudeau. D’autres partenaires les rejoindront. » Une conférence de presse sera donnée à la rentrée. L’arrivée de Bouygues Télécom ne devrait changer en rien la manière de vivre et de travailler de la bande à Bernaudeau. Hormis le départ, plus que probable, de Thierry Bricaud, ce sont les mêmes personnes qui entoureront le manager et sa future équipe.
« Ils ont pu constater que le dossier que je leur présentais correspondait à la réalité. On leur a paru authentiques »
Des hommes et des femmes qui se connaissent depuis la création de Vendée U-Pays de la Loire, il y a plus de treize ans, qui l’ont suivi en 2000 chez Bonjour, sa première structure professionnelle, dont Brioches La Boulangère est le prolongement depuis deux ans, et qui ont su faire bloc dans les bons comme dans les mauvais moments. Depuis la disparition tragique de Fabrice Salanson, en juin 2003, ils ont vu se succéder les coups durs, notamment cette année, avec le départ fin avril de Philippe Raimbaud, cofondateur du Vendée U et manager de Bonjour, l’arrivée en janvier puis le départ en juin de Joseba Beloki, le premier leader étranger de la formation, ou la suspension de Franck Bouyer, présent depuis la création de Bonjour (1)… Mais rien, pas même ces jours sombres, n’a altéré leur confiance en leur manager, qui lui-même fléchissait parfois. « Les négociations se passaient plutôt bien, raconte ce dernier, quand, en juin, elles ont été stoppées par les rebondissements de l’affaire Cofidis. Aux Championnats de France, je ne pouvais même plus contrôler mon émotion (2). La fin du printemps a été pourrie. Je peux dire que j’ai eu de vrais moments d’abattement, de bons coups de dép’. Heureusement, il y avait mes enfants et les gens de Vendée U, ils m’ont remonté. » La victoire aux Championnats de France de Thomas Voeckler et les dix jours que ce dernier a passés en jaune sur le Tour sont parvenus à réchauffer les cœurs. « Tout cela a fini par payer, admet Bernaudeau. Ça prouve que le cyclisme intéresse encore les entreprises. » En 2005, l’équipe Bouygues Télécom, dont le siège sera toujours le manoir Saint-Michel aux Essarts, comptera vingt-sept coureurs professionnels. Thomas Voeckler, Jérôme Pineau et Didier Rous seront de ceux-là, pas Sylvain Chavanel, parti ches Cofidis. Des petits nouveaux devraient arriver, « pas des bons pour des bons, des types capables de s’intégrer », dixit Bernaudeau. Le nom d’Axel Merckx circule. Cet effectif devrait permettre une diversification des objectifs de la future formation. « À seize coureurs, on n’avait pas le choix : seul le Tour de France comptait ! L’UCI Pro-Tour nous obligera à orienter nos gars vers les épreuves qui les inspirent. Le Giro et la Vuelta pourront servir de tremplin aux jeunes coureurs. Ils vont y acquérir l’expérience des grands Tours avant de se lancer sur le Tour de France. Notre but commun est d’atteindre un bon rendement d’ici à 2007, de voir grandir des gars comme Thomas Voeckler, Christophe Kern, Maryan Hary et Jérôme Pineau. J’espère pouvoir un jour avoir un jeune Français au plus haut niveau. » Et quand on s’inquiète de savoir quand ce grand rêve se réalisera, Jean-René répond avec assurance : « Le Tour de France a montré des choses intéressantes. Le cyclisme, français en particulier, va de mieux en mieux, et on peut vraiment penser que l’on est à la veille d’une bonne époque. »
« Notre but commun est d’atteindre un bon rendement d’ici à 2007, de voir grandir des gars comme Thomas Voeckler, Christophe Kern, Maryan Hary et Jérôme Pineau »
En attendant de se lancer dans l’aventure Bouygues Télécom, qui commencera le 1er janvier prochain, Jean-René Bernaudeau n’oublie pas qu’il fait toujours partie de Brioches La Boulangère : « Sans eux, il n’y aurait pas d’équipe aujourd’hui. Les liens que nous avons créés avec les gens de Brioches La Boulangère sont forts, surtout avec les employés des trois usines (Mortagne-sur-Sèvre, Beaune et Les Herbiers). Ils nous ont toujours soutenus et je pense souvent à eux. On ne part pas d’une entreprise comme celle-là sans émotion. » Une fois toutes ces questions administratives réglées, Jean-René Bernaudeau est rentré chez lui, en Vendée. Puis il a décroché son téléphone et appelé ses coureurs, engagés au Tour de l’Ain. En fait, le seul à ne rien savoir, hier soir encore, c’était Thomas Voeckler, exilé à Athènes pour cause de Jeux Olympiques. Jean-René Bernaudeau a promis de l’appeler, même tard. Histoire qu’il s’endorme, lui aussi, le cœur plus léger.
SANDRA LABORDE
(1) Atteint d’une maladie génétique, il doit prendre pour se soigner des produits interdits par l’Union cycliste internationale (UCI). (2) Le jour du contre-la-montre individuel, David Millar avouait avoir consommé de l’érythropoïétine (EPO).
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