LES BLEUS PASSENT AU VERT
Par Aymeric MARCHAL

SUR LE MÊME SUJET
 La feuille de match
 Elissalde : «Trop sûrs»
 Le match en images
 Les réactions
 Galles - Ecosse : 30-15
 L'actu du TournoiLe French Flair pendant 40 minutes
Les jalons posés, et de belle manière, en Ecosse, le XV de France devait poursuivre la construction de ses fondations contre l'Irlande. Avec six nouveaux joueurs, les mêmes ambitions de jeu, et un public du stade de France à reconquérir à grands coups de relances et de passes, la tâche n'était pas aisée, mais cette équipe de France a décidément quelque chose en plus, engrange encore un peu de confiance. Les promesses laissées à Murrayfield exigeaient une suite, voire un mieux, notamment dans la conquête ou le jeu au pied, pour prolonger un peu l'état de grâce. «On va attaquer dès le premier ballon, c'est sûr » avait prévenu David Skrela, de retour à l'ouverture avec les clés du camion. Il ne mentait pas, et la première mèche allumée par Rougerie splendide (arrêt de volée dans les 22 mètres vite joué, et relance de 80 mètres) était de bon augure. L'équipe de France est en train de retrouver un peu son French Flair, les Irlandais devaient eux se rappeler à quoi ressemblait leur mythique Fighting Spirit. Les premiers impacts furent effrayants, et le XV du Trèfle avait visiblement des choses à montrer. On attendait donc de voir les Bleus face à cette opposition féroce et rugueuse, et ils ont à nouveau été enthousiasmants, en s'adaptant intelligemment à leurs adversaires. En défense, le rideau a encore très bien tenu, et les plaquages destructeurs de Szarzewski ou Dusautoir ont fait du bien pour stopper les rares offensives vertes. Dans le jeu, les Tricolores ont été plus sages que dimanche dernier, en utilisant un peu plus (et un peu mieux surtout) le jeu au pied pour occuper le terrain, en alternant plus souvent aussi pour ne pas attaquer à outrance.
Clerc écoeure l'Irlande
Mais le jeu de mouvement et d'initiatives reste bien le leitmotiv de ce XV de France, et les hommes de Marc Lièvremont se sont encore régalés à naviguer dans la défense irlandaise au gré des envies de l'intenable trio Rougerie-Heymans-Clerc. L'ailier toulousain, auteur de trois nouveaux essais, n'en finit plus d'affoler les compteurs, et confirme son statut de cauchemar irlandais. Et dire qu'il devait être sur le banc ! Conquis, le public du stade de France vibrait à nouveau pour ses Bleus et multipliait les olas, alors qu'en face, la copie des hommes d'Eddie O'Sullivan tournait au pathétique. Ronan O'Gara, totalement hors du coup, envoyait des parpaings à ses centres, Brian O'Driscoll était transparent, le pack reculait, et le niveau global n'était guère plus brillant qu'une semaine plus tôt contre l'Italie. L'engagement est une chose, mais il ne suffit pas à combler les lacunes, et les petits hommes verts en ont encore affiché beaucoup trop.
Le come-back irlandais
En bref, tout était parfait jusqu'à ce gros coup de pompe au cour de la deuxième période. Le jeu de mouvement est exigeant, et les Français l'ont payé cher, avec deux essais encaissés et quelques grosses frayeurs en fin de rencontre, alors que les Irlandais n'étaient qu'à cinq points et monopolisaient le ballon. Les incroyables maladresses de la ligne d'attaque verte ont heureusement empêché une cruelle désillusion, mais le "trou d'Eire" n'est pas passé loin. La réaction d'orgueil irlandaise n'a pourtant pas suffi à masquer l'étendue du chantier, et Eddie O'Sullivan devrait rapidement être mis sur le carreau du banc du Trèfle, alors que le triumvirat qui guide désormais les Bleus a de beaux jours devant lui. En gardant la justesse de son jeu d'attaque, l'équipe de France a su également améliorer ses petites faiblesses en conquête, dans le soutien, les libérations de balles, le jeu au pied. Elle a su faire preuve d'une énorme solidarité pendant le temps fort des Irlandais, alors que les joueurs étaient franchement dans le rouge, dans une fin de match pénible. Elle continue même à bénéficier d'une certaine réussite, à l'image de l'essai de Cédric Heymans. Au final, la démonstration est encore convaincante, et tous les voyants sont au vert à quinze jours du Crunch contre l'Angleterre.



















