LA VICTOIRE, MAIS PAS LA MANIÈRE
Par Aymeric MARCHAL

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Le soleil avait bien fini par percer les nuages juste avant le coup d'envoi, la pluie drue tombée toute la matinée avait évidemment fait des dégâts et n'arrangeait pas les affaires tricolores. Le début de match fut donc un peu hésitant, avec pas mal de fautes de part et d'autre, le terrain gras ne facilitant pas les prises d'initiatives. Les premières tentatives du trio clermontois ont ainsi été entachées d'en-avants ou de ballons tombés. Toute la semaine, les Français avaient répété que s'ils partaient pour jouer, ils ne le feraient pas n'importe quoi, et ils se sont donc d'abord montrés prudents. Signe d'une stratégie plus sage, le premier essai n'est ainsi pas venu d'une relance de 60 mètres, mais d'un énorme travail des avants qui ont avancé sur vingt mètres, afin de permettre aux arrières de briller : passe au pied de Trinh-Duc, volleyée par Malzieu et conclue par Anthony Floch. Du grand art. Sur leur première action, les locaux avaient réalisé exactement leur plan de bataille préparé dans la semaine : patience, travail dans l'axe pour étirer le mur italien, puis jeu rapide vers les grands boulevards pour conclure.
Mais cette superbe action ne cachait pas quelques lacunes gênantes à ce niveau. Malgré un pack supposé plus solide, les Blancs d'un jour ont été irréguliers en conquête, notamment en touche, où l'absence de Julien Bonnaire a pesé. La mêlée n'a pas vraiment rassuré non plus : elle a encore été sanctionnée, elle a aussi reculé plusieurs fois. La défense, ensuite, a montré un manque de repères évident pour laisser plusieurs fois les Italiens la transpercer en son coeur. Les Transalpins ont heureusement connu eux aussi des soucis pour contrôler le ballon, et leurs maladresses ont permis aux Blancs de sauver l'essentiel. Tout cela restait brouillon : beaucoup de fautes de main et surtout de gros problèmes de cohésion côté français. La première période n'avait pas franchement fait avancer le schmilblick, le pied de Dimitri Yachvili donnant un léger avantage au XV de France (13-6).
La France plus réaliste
Le message des entraîneurs à la pause fut probablement de serrer le jeu, de montrer de la patience et de s'atteler au travail de sape dans l'axe pour créer des brèches. On a même vu quelques échanges de coups de pied, un retour en arrière qui n'a pas plu au public du Stade de France. Les ordres furent appliqués, mais l'Italie avait définitivement retrouvé la hargne et l'abnégation qui lui avaient permis d'accrocher Irlandais et Anglais. Très agressifs en défense, les hommes de Nick Mallett n'ont pas laissé passer grand-chose. Mais il leur manque encore du talent offensif pour espérer gagner, malgré l'essai en force de Castrogiovanni. Défendre n'est pas gagner, et voilà la différence entre Bleus et Blancs dimanche au stade de France. Sans être brillants, les Français ont su concrétiser leurs occasions, et c'est assez pour s'imposer. Le deuxième essai, marqué par Yannick Jauzion, en est la parfaite illustration, après une passe au pied de Yachvili, vraiment le seul moyen de marquer face à ce catenaccio.
Barcella, Diarra et David prometteurs
Les hommes de Marc Lièvremont ont donc cette fois moins tenté, paradoxalement, face à l'adversaire supposé le plus faible. Ils n'ont réussi à passer leurs combinaisons qu'en fin de match, une fois les Italiens émoussés, comme sur l'essai d'Aurélien Rougerie. Leur nouvelle façon de jouer est déjà bien connue, et leurs adversaires commencent à bien la lire, surtout quand les repères collectifs ne sont pas là . Les Français vont maintenant devoir faire le bilan de ce match fourre-tout avant d'aller défier à Cardiff des Gallois en route pour le Grand Chelem. Il y eut peut-être trop de changements au sein de l'équipe pour permettre de construire un jeu solide et efficace dans la durée. Pourtant, la bleusaille n'a pas démérité : Barcella a justifié sa réputation de pilier actif, Ibrahim Diarra celle de troisième-ligne percutant, et Yann David a confirmé qu'il avait tout d'un grand, avec quelques percées de première classe. Mais tout cela manque cruellement de cohésion, et il faudra peut-être revenir à du plus classique samedi prochain. La victoire dans le Tournoi est encore possible, et il sera demandé à l'encadrement tricolore de ne pas l'oublier.



















