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Coupe d'Europe - Finale
|  | | Propos recueillis par Laurent TELO |  |
Novès : « J'ai fait mes
preuves »
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| Guy Novès dirigera le
Stade Toulousain en finale de la Coupe d'Europe (samedi,
16h à Dublin). Pour la seconde fois de sa carrière, après la
victoire de 1996. L'entraîneur le plus titré de France fait
preuve d'une longévité exemplaire à ce niveau. Novès prend
du recul par rapport à la finale de samedi et parle de lui, du
club, de l'équipe de France... Confessions. |
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Le ballon sous le
bras, le regard vissé sur la ligne
d'essai, Guy Novès est un gagneur
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GUY NOVÈS EN BREF
|  |  |  |  |  | 49 ans
|  |  |  |  |  | A joué au Stade Toulousain
(ailier)
|  |  |  |  |  | International
(7 sélections)
|  |  |  |  |  | Entraîne l'équipe première
depuis 1993
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Palmarès
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Champion d'Europe 1996
|  |  |  |  |  | Champion de France 1989 (en tant que
préparateur physique), 1994, 1995, 1996, 1997,
1999, 2001
|  |  |  |  |  | Vainqueur
de la Coupe de France 1995, 1998
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Guy Novès en
compagnie de Philippe Rougé-Thomas,
l'un de ses deux adjoints
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Emile Ntamack,
actuel vice-capitaine du Stade Toulousain,
pourrait bien un jour prendre la place de
Guy Novès
(Photos © L'Equipe)
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« Guy Novès, vous reprochez
souvent aux médias de banaliser les
performances du Stade Toulousain. Toulouse
en finale, pour beaucoup, cela n'a rien d'étonnant.
| Se qualifier
pour la finale de Coupe d'Europe, être
demi-finaliste du Championnat de France, ce
n'est pas logique. Ce sont bel et bien des
exploits. Il y a quelques années, quand on a
obtenu de très bons résultats (le
Stade est champion de France entre 1994 et
1997 et champion d'Europe en
1996), on pensait que le Stade serait
toujours devant. Et, en définitive, de ces
quatre titres gagnés d'affilée, on n'a
retenu que l'année où on s'est
planté (en 1998, en demi-finale
contre le Stade Français).
Quelque part, on est victime de nos résultats.
On a oublié à quel point il est dur de gagner un
Bouclier de Brennus, une Coupe d'Europe. À
quel point ça se joue sur des pas grand-chose. À
quel point il faut travailler avec acharnement
pour régler tous les détails.
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Vous avez pourtant tout gagné.
Qu'est-ce qui vous fait encore avancer ?
| C'est
vrai, une partie du but est atteint. Depuis dix
ans, le club est durablement en haut de la
hiérarchie du rugby français. Mais ce n'est
jamais fini : dès qu'on pense être arrivé,
on dégringole. Il faut perpétuellement se
remettre en cause. Après chaque match, il y du
travail, des secteurs à améliorer. Et puis, au
niveau du club en général, il y a encore du
boulot : il faut structurer davantage le club,
l'implanter toujours plus dans le
professionnalisme. Et puis, il y a toujours
cette satisfaction de faire progresser des
joueurs. Quand on me dit que Xavier Garbajosa a
énormément évolué, sur le terrain et dans la
vie, cela me fait vraiment plaisir.
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La retraite, vous y pensez ?
| Je ne
connais pas un seul entraîneur qui bosse en se
disant qu'il arrête demain matin. Je
n'ai pas du tout l'intention
d'arrêter. Christian Lanta a dit un jour
qu'un coach ne doit pas entraîner le même
club plus de trois ans. C'est faux. Un
chirurgien opère avec la même compétence au bout
de dix ans de pratique. Guy Roux est toujours
là... Et ça marche. Tant que, physiquement, je
tiendrai le coup, je continuerai. Et si, un
jour, je suis en échec au Stade Toulousain, je
partirai ailleurs.
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|  « Je délègue, j'écoute les
conseils. Il y a une structure énorme autour
de moi » |
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Mais, sans parler de retraite, avez-vous
commencé à penser à la relève ?
| On essaye de prévoir
l'avenir, d'anticiper un éventuel
départ. Au Stade, l'entraîneur de
l'équipe première est toujours issu du
club. C'est une tradition très forte. Nous
sommes en train de former des garçons qui ont
cette mentalité et qui peuvent, à terme, devenir
incontournables au poste d'entraîneur. Il y
a Emile Ntamack bien sûr, qui a prolongé son
contrat de joueur d'une saison mais qui a
tout à fait le profil. Michel Marfaing est
intégré au staff et dirige le centre de
formation. Didier Lacroix, qui est né au club,
s'occupe des Espoirs.
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Quel est le secret de votre
longévité ?
| C'est
peut-être la façon de gérer les hommes et de
bien m'entourer. Je délègue, j'écoute
les conseils. Ce n'est pas seulement Guy
Novès qui entraîne... Autour de moi, il y a une
structure énorme : j'ai deux adjoints
(Serge Laïrle et Philippe Rougé-Thomas) qui
s'entendent à merveille, trois préparateurs
physiques, quatre kinés, un médecin, un
ostéopathe... Même si, au final, j'ai le
dernier mot. Mais, mon discours, je le
renouvelle grâce à d'autres personnes. Les
joueurs ne sont pas fatigués de m'entendre
car je ne leur parle pas tout le temps. Laïrle
et Rougé-Thomas interviennent très fréquemment.
Alors, quand j'interviens, ça
porte.
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Avez-vous déjà été remis en
cause ?
| J'ai
connu des crises. Surtout au début. Dans les
années 93, 95. Il y avait un tas de personnes
extérieures au club qui disaient n'importe
quoi sur moi. Des ragots de boîte de nuit. Mais,
c'est normal. Quand tu es le patron, tu es
la cible. Qui ne voudrait pas être à ma place ?
Et puis, au sein d'un club comme le Stade,
avec tant de personnalités aussi fortes, ce
n'est jamais le calme plat. Il y a eu des
conflits. Mais, par rapport aux victoires, aux
moments émotionnels, c'est minime. La
dernière crise s'est produite quand une
génération s'est arrêtée (celle championne
de France entre 1994 et 1997). Mon expérience a
primé. Moi, avant de devenir manager du Stade,
j'ai remporté 6 titres de champion de
France avec mon lycée de Pibrac. Au Stade,
j'ai d'abord travaillé avec les
jeunes. J'ai fait mes preuves.
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|  «Tous les joueurs veulent rester
parce qu'ici, il fait bon vivre » |
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Quelle est la meilleure génération que
vous ayez entraînée ?
| Celle du milieu des
années 90 était prodigieuse. Mais, cette saison,
il y a vraiment une ambiance excellente au sein
du groupe. Il y a une vraie osmose entre les
jeunes et les "anciens". Ce n'est
pas par hasard si le Stade ne recrutera personne
la saison prochaine. Tout le monde veut rester
parce qu'ici, il fait bon
vivre.
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Parlez-nous du fonctionnement
du club. Avec René Bouscatel, le président,
et Claude Hélias, le trésorier, vous formez
un trio très soudé.
| Le Stade
fonctionne comme une grande entreprise.
L'association très complémentaire que nous
formons n'y est pas étrangère. Tous le
monde a fait ses preuves en même temps, René
Bouscatel pour le développement de la structure
du club, Claude Hélias pour la gestion. Et les
résultats sportif ont suivi. Nous sommes très
liés. Au-delà de la relation de travail
s'est instaurée une grande amitié. Claude
est un ami de 20 ans et, lorsque le président
s'est marié, j'étais son témoin. Je
peux même dire que le Stade ne sera jamais plus
fort que l'amitié qui nous unit. Si
l'un de nous trois arrêtait, je pense que
les trois feraient de même dans le même
élan.
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Vous ne vous fâchez jamais ?
| On arrive
toujours au consensus par le dialogue. Je
n'ai pas de souvenir d'engueulades,
parce que chacun respecte le domaine de
compétences de l'autre. René Bouscatel ne
s'est jamais permis de donner son avis sur
une composition d'équipe. Il a toujours
respecté ma fonction et vice-versa. Chacun se
fait confiance. Je n'ai jamais demandé à
Claude si tel investissement sur une boutique
était pertinent. Sur le recrutement des joueurs,
c'est un petit jeu. Si je veux un joueur
précis, j'essaye de l'avoir et je sais
jusqu'à quel point je peux insister et
au-delà duquel je dois faire marche
arrière.
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|  « Nos joueurs ne sont pas les mieux
payés de France » |
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Manager à plein temps, cela ne
présente que des avantages ?
| Je ne
pouvais plus être à la fois professeur
d'éducation physique au lycée et
m'impliquer totalement au club. Bouscatel
m'a demandé de prendre du recul car il
voulait absolument qu'on accélère le
processus de professionnalisation au sein du
club. Consacrer tout son temps au seul club ne
peut être que positif. Avant, il fallait
jongler. Aujourd'hui, j'ai le temps
d'approfondir, de passer plus de temps
devant la vidéo, de parler aux journalistes...
Je travaille mieux. Même si je ne suis pas mieux
payé (rires).
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C'est-à-dire...
| Je gagne
moins de 9 000 euros (60 000 francs) par
mois.
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Savez-vous combien gagnent vos
joueurs ?
| Globalement, oui. Mais, je ne veux
pas en connaître le détail. Je sais que beaucoup
de joueurs gagnent plus que moi. Tant mieux,
mais ce n'est pas mon problème. Ce
qu'il faut savoir, c'est qu'au
club, on essaye d'avoir un équilibre des
salaires. Les joueurs toulousains ne sont pas
les mieux payés de France. Au cours de
l'entretien préalable avec le joueur, on
privilégie plutôt un plan de carrière
cohérent.
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René Bouscatel est un
président salarié. Vous-même êtes un manager
à plein temps. N'est-ce pas une
position fragile ?
| Je ne me
pose pas la question. Il est vrai que je suis en
disponibilité de l'éducation nationale. Il
n'est pas exclu que je la rejoigne un jour
ou l'autre car je n'ai que 50 ans. Je
ne veux pas me retrouver les dix dernières
années de ma vie sans boulot. Mais, pour le
moment, je vis une aventure extraordinaire au
Stade. J'en profite à fond. L'ensemble
du club pousse derrière nous. Quand on voit la
réussite depuis dix ans, c'est la moindre
des choses. Il n'y a que deux ou trois
personnes qui voudraient que l'on
trébuche.
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|  « Le XV de France n'est pas à
l'ordre du jour. Et pourrais-je vivre
seul à Paris ? » |
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Pensez-vous à entraîner un
jour le XV de France ?
| Il n'y
a pas un seul entraîneur qui n'aimerait pas
un jour se mesurer au niveau international. Mais
ce n'est pas à l'ordre du jour. Je ne
vais pas me poser la question. Je suis
totalement impliqué au club, le plus beau de
France. Et puis, je pense que j'occupe déjà
une certaine place dans le rugby français, même
si je ne le crie pas sur tous les toits. Et même
si je ne fais que fructifier le travail lancé
par Robert Bru au début des années 80, et
prolongé par le duo Skrela-Villepreux, on a fait
grossir l'héritage en remportant quelques
titres (sourire).
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Si un jour l'envie
d'entraîner l'équipe de France
devient trop forte, comment vous y
prendrez-vous ?
| Je ne sais
pas. Je ne connais personne à la Fédération. Je
ne suis pas un arriviste, ni la coqueluche des
médias. Alors... Je ne suis pas du genre à
postuler en sous-main. C'est comme pour mon
arrivée au Stade Toulousain. Quand le président
Bouscatel m'a téléphoné pour revenir au
club, j'étais à la pêche. Je n'ai
jamais rien demandé à personne. Si la situation
se présentait pour entraîner les Bleus...
(long silence),
j'étudierais la proposition. Et puis,
Paris, je ne connais pas. Est-ce que je pourrais
y vivre seul ? Alors que j'ai ma femme et
mes trois enfants à Toulouse ? Il me faut un
climat de confiance pour travailler. Il faudrait
vraiment que je pèse le pour et le
contre. »
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