HENIN COMME UNE ÉVIDENCE
Par Sophie DORGAN (Ã Roland-Garros)

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Il serait tellement simple d'expliquer la victoire (6-1, 6-2) de Justine Henin par l'inconstance et l'inexpérience de son adversaire, Ana Ivanovic. Et pourtant, les 40 fautes, dont 26 directes, de la Serbe en 1h05' trouvent leur genèse dans l'efficacité de la Belge. Depuis trois matches, la numéro 1 mondiale signe chaque sortie de son empreinte. En quarts de finale, elle domine (6-4, 6-3) Serena Williams. Certains peuvent alors penser que l'Américaine rend une copie hors sujet. Est-ce le fruit du hasard ? A voir. En demi-finale, elle écrase (6-2, 6-2) Jelena Jankovic, jusque-là impériale. Quelques-uns, de moins en moins nombreux, peuvent se dire que la Serbe a succombé à la pression. Est-ce le fruit du hasard ? A confirmer.
Et quand la finale tourne à la démonstration, plus personne ne peut se poser de question. Le hasard n'appartient pas au vocabulaire de la Wallonne. Justine Henin est immense. Non seulement, elle remporte son quatrième titre à Roland-Garros, le troisième consécutif, mais elle propose un jeu de plus en plus solide. Si ses adversaires déjouent voire surjouent, c'est tout simplement que la tête de série n°1 ne laisse pas de place à l'approximatif. Avec son mètre soixante-sept, elle possède le meilleur physique sur terre battue. Avec sa technique parfaite, elle détient toutes les clés du jeu. Au-delà de son revers d'école, Justine Henin s'appuie désormais sur un excellent coup droit, un service très efficace et une volée très propre. Mais toute cette panoplie se désagrègerait sans un mental hors normes. «Je n'ai pas joué un tennis exceptionnel, mais j'ai bien fait mon travail, analyse la championne. J'ai bien servi, cela a fait la différence. Et le fait que je me positionne loin de ma ligne en retour a changé beaucoup de choses de son côté, cela a bouleversé ses points de repères.» Quand l'exceptionnel devient ordinaire, cela se complique pour l'adversaire...
Le combat dure 24 minutes
Perfectionniste et volontaire, elle étouffe son adversaire à l'image des quatre premiers jeux de cette finale. Le bras de fer face à Ana Ivanovic dure exactement 24 minutes. La Serbe débute la rencontre sans complexes, breake d'entrée et mène 40/0 sur son engagement. Pour le joueur ordinaire, le jeu est plié. Mais Justine Henin n'a rien d'ordinaire : «Je voulais vivre chaque balle, chaque moment. C'était très important de montrer que je voulais gagner chaque point du match.» En championne, elle s'accroche et égalise sur un revers let. Le fruit du hasard ? A première vue... La Serbe perd progressivement de sa superbe, avoue «avoir plus pensé à ses nerfs qu'à son jeu», avoir été submergée par l'événement et la Belge met en évidence toutes les carences physiques de sa jeune adversaire. Ana Ivanovic frappe plus fort que Justine Henin, mais elle ne la déborde pas. Justine Henin gratte bien la balle, joue le contre-pied, cherche et trouve de la longueur en retour, varie les effets en défense et déstabilise systématiquement la tête de série n°7. Le coup droit de la Serbe, si rapide, atterrit dans les bâches. Son service, si gênant contre Maria Sharapova, la lâche avec seulement 33% de premières balles et son revers porte bien son nom... «Je me concentrais beaucoup trop sur mon lancer de balle, je me suis focalisée sur mon service qui ne fonctionnait pas bien, explique Ana Ivanovic. Et je ne bougeais pas très bien.»
A 15h37, après seulement 24 minutes de jeu, la finale est bouclée ! Ana Ivanovic vient de commettre une de ses cinq doubles-fautes pour offrir le break à son aînée qui va enchaîner huit jeux d'affilée pour s'envoler (6-1, 2-0). A l'heure de jeu, la Belge mène 5-1, elle lâche le jeu pour aller lire les consignes de Carlos Rodriguez, son entraîneur, au changement de côté. En bonne élève, elle conclut sur un jeu blanc et comme un symbole, elle peut laisser éclater sa joie après une volée de coup droit gagnante. Sa raquette à terre, les yeux rivés vers le ciel, elle savoure. Depuis un an, son credo tourne autour de l'offensive et de la prise de balle précoce. Samedi, sur le court central, dans son jardin, elle gagne en appliquant cette méthode. Une vraie leçon qui se fête en famille pour Justine Henin. Réconciliée avec son père et ses frères et soeur, elle leur dédie sa victoire en soulevant son quatrième trophée parisien, remis par Mary Pierce. Depuis 2005, la numéro 1 mondiale n'a pas perdu un set à Roland-Garros. Et ce n'est pas le fruit du hasard.














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