JUSTINE HENIN OU LA FORCE SENSIBLE
Par Myrtille RAMBION, Ã Roland-Garros

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Trop petite. Trop fragile. Trop faible dans ce monde où seules les plus fortes s'en sortent. Ça, c'est ce que disaient les chiffres, ceux de la balance et de la toise. Mais depuis toujours, ou presque, Justine Henin sait qu'elle veut jouer au tennis, pour de vrai, comme les grandes. Et qu'à ce jeu, elle ne sera pas non seulement forte, mais qu'un jour elle deviendra la plus forte, tout simplement. Comme son idole Steffi Graf. Pourquoi ? Parce que ce petit bout de femme né à Liège le premier jour de juin 1982 le sent. Envers et contre tous. Tous ceux qui lui disent qu'elle n'a pas les moyens, qu'elle n'est pas faite pour ça. A ceux-là , elle montre dès ses cinq ans qu'ils ont tout faux. Cinq ans... Et déjà , pendant les grandes vacances, elle ne vit que pour son club de tennis, prenant à peine le temps de rentrer déjeuner à la maison entre deux matches. Six ans... Elle commence à prendre des cours. Puis la filière fédérale à toute vitesse. Dix ans, douze ans, quatorze ans... Et la rencontre avec Carlos Roriguez, resté depuis son entraîneur, son confident, son guide. Envers et contre tout.
«Je n'ai pas de rancune»
Tous les obstacles que la vie semble s'acharner à placer sur sa route. Le physique, d'abord. Pas un problème, cela se travaille. Le décès de sa mère, lorsqu'elle avait douze ans, ensuite. Et surtout. Cela aussi, cela se travaille. Pas pour oublier l'inoubliable et l'inacceptable, non. Mais apprendre à en faire une force, à transformer cette douleur profonde en énergie positive. «Je n'étais encore qu'une enfant, se souvient-elle aujourd'hui, mais soudain, je me suis retrouvée avec beaucoup de responsabilités sur les épaules.» Les blessures et la maladie, enfin. Et notamment ce sacré virus, que les médecins ont mis bien du temps à identifier, alors que sa carrière était déjà bien entamée, et qui ressemblait de très près à une mononucléose. Un cytomégalovirus, cela s'appelle... Qui vide tout le corps de ses forces. Puis de nouveau, alors qu'elle se croyait remise son corps, musclé mais plus fragile que celui d'autres, qui lâche. Une blessure au genou. Mais aujourd'hui, c'est oublié. Ou en tout cas, l'attention de la championne est-elle ailleurs désormais. D'autres obstacles, d'ordre privé, se sont depuis glissés dans sa vie, lui faisant, dit-elle, relativiser. Une séparation d'avec son mari. Qui a, ironie du sort, correspondu avec des retrouvailles avec sa famille, père, soeur et frères, après des années d'incompréhension et d'éloignement...
Pas le choix : force est de reconnaître que la vie est un combat pour Justine Henin. Comme son tennis. «J'ai dû me battre contre beaucoup de choses, admet-elle, mais je n'en ai gardé aucune colère. Je ne vis jamais rien comme une revanche sur la vie. Je n'ai pas de rancune. Je m'estime vraiment heureuse aujourd'hui et j'ai beaucoup de chance. J'ai la santé, des personnes formidables autour de moi et ça, c'est important.» Pas une revanche sur la vie... Mais, tout de même. Justine Henin n'est toujours pas la plus grande (1,67 m), toujours pas la plus costaud (57 kg) mais elle est effectivement devenue la plus forte. La numéro 1 mondiale incontestée. La double tenante du titre à Roland-Garros. En position de s'offrir une troisième couronne d'affilée, la quatrième à la Porte-d'Auteuil. Alors, au moment où elle foulera la terre du court Philippe-Chatrier, samedi, aux côtés d'une adversaire qui mesure plus d'1,80 m, elle ne pourra empêcher personne de la considérer comme cette petite guerrière, un peu seule face à l'adversité. «Cette image me convient, assure-t-elle. Une fille pas si grande, pas si forte que les autres et qui peut paraître un peu fragile... C'est ma grande sensibilité qui me rend très forte par moments et plus fragile à d'autres. Il faut trouver l'équilibre.» Le secret de la réussite est donc là . Pour être forte, il faut être sensible. A méditer.


















